Sur l'île de Hirta, en Écosse, vit un troupeau de moutons sauvages. Personne ne s'en occupe, et les moutons trouvent eux-mêmes leur nourriture. Il arrive qu'ils deviennent très nombreux, et alors l'herbe ne suffit plus pour tout le monde. Pendant quarante ans, les chercheurs ont noté combien de moutons survivaient et combien d'agneaux naissaient. Ils voulaient ainsi comprendre si la promiscuité accélérait le vieillissement.
Il s'est avéré que non. Quand les moutons sont nombreux, ils meurent plus souvent et se reproduisent moins, mais la vitesse du vieillissement reste la même. C'est un peu comme les fondations d'une maison : le vent peut arracher le toit, mais il ne fera pas s'effondrer les murs plus vite. Les vieux moutons ne deviennent pas plus fragiles les mauvaises années.
Ce résultat aide à comprendre que le vieillissement dépend surtout de processus internes à l'organisme, et non des difficultés extérieures. Pour l'être humain, cela signifie que le stress et le manque de ressources peuvent dégrader la vie, mais n'accélèrent pas forcément le vieillissement biologique. Pour le mesurer avec précision, il faut des marqueurs spécifiques de l'état de l'organisme, comme les horloges épigénétiques.
Les moutons de Soay vivent sur l'île de Hirta sans gestion humaine depuis des milliers d'années, et leur effectif oscille entre 211 et 672 individus, ce qui fait de cette population un laboratoire naturel idéal.
Non publié sur arXiv. Voici sa page, le PDF et la formalisation : vous pouvez vérifier vous-même, pas seulement lire notre analyse.