Une poussée au bon moment arrête une balançoire. Une poussée delta — une brève impulsion laser — a été appliquée à un nuage de molécules, et il s'est figé, comme une balançoire après un coup précis. Les molécules composées de deux atomes différents, telles une assise solidement fixée à sa barre, ne se sont pas désagrégées lors du freinage. La température est tombée à des picokelvins — des millièmes de milliardième de degré au-dessus du zéro absolu, où le mouvement s'arrête presque et où l'entropie (mesure du désordre) devient minimale. Même les vibrations internes des atomes n'ont pas perturbé ce repos — comme le léger balancement d'un passager ne change rien à l'immobilité de la balançoire. Fait surprenant : à cette température, le nuage moléculaire se dilate plus lentement que l'herbe ne pousse. Ces objets presque immobiles vont maintenant servir à tester la loi de la gravitation universelle, que Galileo Galilei vérifiait en lançant des boulets depuis une tour, et que Albert Einstein a reliée à la courbure de l'espace-temps. À partir de ces molécules, on construira une spectroscopie d'interférométrie moléculaire lumineuse — un instrument capable de détecter même les plus infimes déviations.
À une température d'un picokelvin, les molécules se déplacent si lentement qu'elles mettent une minute entière à parcourir une distance équivalente à l'épaisseur d'un cheveu humain.