Le train arrive en gare. Les portes s'ouvrent et la foule se déverse sur le quai. Ensuite, chacun suit son chemin : certains se dirigent vers le parking à vélos, d'autres plongent dans le passage souterrain vers le bus, d'autres encore marchent simplement vers la sortie. Ce dernier segment, de la porte du wagon à la porte du domicile ou du bureau, détermine souvent si l'on prendra le train du tout. Aux Pays-Bas, seulement 19 % de la population vit à moins d'un kilomètre de la gare, et 69 % dans un rayon de 5 km. Pour la majorité, le voyage en train ne s'arrête donc pas au quai.
Un interprète distrait par le moindre bruit dans la salle transforme une réunion d'une heure en deux heures. C'est pareil ici : un « dernier kilomètre » mal organisé peut gâcher l'impression de tout le voyage. Pour comprendre comment les passagers choisissent leur moyen de transport de la gare à leur destination, les chercheurs ont interrogé 1891 habitants des Pays-Bas. Chacun devait choisir entre six options : à pied, en bus/tram/métro, à vélo partagé, à vélo électrique, en trottinette électrique ou en cyclomoteur électrique. Les options variaient en temps de trajet, temps d'attente, prix, type de stationnement et de location. L'expérience a été répétée pour trois distances (1, 4, 7 km), trois durées de trajet en train (15, 45, 75 minutes) et deux motifs (travail/études ou loisirs).
L'analyse a révélé trois types de passagers. Le premier, les enthousiastes du multimodal, représente 58 %. Ils ne sont pas attachés à un mode de transport particulier et choisissent celui qui est le plus rapide et le moins cher. Ils sont prêts à payer jusqu'à 4,21 euros pour un service gratuit. Le deuxième type, les cyclistes sceptiques, représente 16 %. Ils préfèrent nettement le vélo, mais sont ouverts aux services partagés si ceux-ci sont sûrs et simples ; ils évaluent un trajet gratuit à 1,81 euro. Le troisième type, les usagers des transports publics réticents au partage, représente 27 %. Ils choisissent le bus ou le tram et évitent les trottinettes partagées, qu'ils jugent compliquées et dangereuses ; ils sont prêts à payer 1,41 euro pour la présence de personnel sur le parking.
La marche est privilégiée pour les distances jusqu'à 2 km. Pour 5 à 10 km, le vélo et le bus sont en concurrence. Fait intéressant, l'introduction de services partagés supplémentaires attire principalement les utilisateurs des vélos partagés existants, et non ceux du bus. Cela signifie qu'ajouter un vélo électrique n'augmente pas nécessairement la part des déplacements sans voiture, mais redistribue simplement les utilisateurs.
Cette étude est la première à comparer quatre types de services partagés pour la sortie du train et à prendre en compte les paramètres du système, comme le type de stationnement et de location. Elle donne aux exploitants de gares un outil pour calculer quel service lancer en fonction de la demande et des distances. La prochaine étape consistera à répéter l'enquête en incluant les automobilistes qui prennent rarement le train, et à donner aux répondants la possibilité de renoncer au train. Cela permettra d'évaluer combien de personnes peuvent passer de la voiture à la combinaison train + transport partagé. La question reste ouverte : comment combler l'écart entre les préférences déclarées et le comportement réel, car les gens disent une chose dans les enquêtes et en font une autre. La segmentation selon la disposition au partage peut aider, mais il faut des données sur l'utilisation réelle des services.
Trois types de passagers sur un même quai : chacun cherche son moyen de quitter la gare. Et maintenant, on sait comment les aider.
Aux Pays-Bas, il y a plus de vélos que d'habitants, mais seulement environ 10% des voyageurs réguliers en train possèdent un deuxième vélo du côté de l'arrivée. Le service de vélos partagés OV-fiets, lancé en 2008, a atteint 300 stations et 5,9 millions de trajets par an.