Un interprète lors d'une réunion ne mémorise pas chaque mot de l'orateur. Il dégage les idées principales, puis transmet le sens condensé sans perdre les détails. C'est à peu près ainsi que fonctionne le nouveau modèle de prévision d'El Niño. La température de l'océan est enregistrée sous forme d'un tableau tridimensionnel : longitude, latitude et profondeur. Chaque couche contient des milliers de chiffres, et il est presque impossible d'y discerner directement une régularité.
Le modèle commence par décomposer les données en un petit nombre de facteurs, des « thèmes » qui décrivent les configurations typiques de température. Ensuite, il cherche comment ces facteurs passés sont liés aux facteurs futurs. La relation s'avère simple et compacte : au lieu de millions de coefficients, il suffit d'en estimer quelques centaines. Mais la compression seule ne suffit pas. L'océan présente des anomalies locales, comme un réchauffement soudain au large du Pérou. Pour celles-ci, on ajoute au modèle une partie creuse, qui capture les événements rares mais importants qui ne s'inscrivent pas dans la configuration générale.
Les cartes spatiales des facteurs correspondent aux zones connues d'El Niño. Cela signifie que la méthode ne se contente pas de fournir des chiffres précis, mais montre aussi où se forme le futur dérèglement climatique. Cette approche peut désormais s'appliquer à d'autres données où le temps et l'espace sont entrelacés, du fonctionnement du cerveau aux marchés financiers.
Le tenseur de données de température océanique contient 14637 éléments, mais le modèle proposé n'utilise qu'environ 300 paramètres pour la prévision.