Toutes les quelques heures, depuis le désert de Mojave, près de Madrid et de Canberra, d'étroits faisceaux d'ondes radio partent vers le ciel. C'est le Deep Space Network de la NASA, trois complexes d'antennes qui maintiennent le contact avec les sondes à travers tout le système solaire. En vingt ans, ils ont accumulé 92,5 années-antennes de transmissions continues. Si une seule antenne émettait sans interruption, il lui faudrait près d'un siècle.
Cette masse de données n'est pas qu'un simple journal technique. C'est une carte de ce à quoi ressemble l'« empreinte radio » d'une civilisation qui commence tout juste à explorer l'espace interplanétaire. Les astronomes ont pris les journaux publics de transmissions de 2005 à 2024, ont croisé chaque entrée avec la position de la sonde et ont reconstitué la direction exacte du faisceau. Puis ils ont divisé le ciel en pixels de 0,85 minute d'arc et ont calculé pour chacun le cycle de service, c'est-à-dire la fraction du temps où au moins un faisceau y était pointé. On obtient une carte qui montre vers où l'humanité « éclaire » le plus souvent.
Le pic le plus brillant sur cette carte est la direction de Mars. À moins de 2 minutes d'arc de la planète, le cycle de service atteint 77 %, soit 9,4 mois par an. C'est 400 000 fois la moyenne du ciel. Pour comparaison : si un observateur lointain regardait le système solaire au moment d'une conjonction Terre-Mars, sa chance de tomber sur une transmission serait de 77 %, contre 0,0002 % pour un moment aléatoire. Dans la zone de transit de la Terre, cette étroite bande d'où l'on voit le passage de notre planète devant le disque solaire, le cycle de service est de 13 minutes par an, soit 20 fois la moyenne sur toutes les latitudes.
Avant ces travaux, les stratégies de recherche d'intelligence extraterrestre reposaient souvent sur l'intuition : chercher des signaux lors des conjonctions planétaires, observer les systèmes avec des planètes en transit. Désormais, l'intuition est devenue des priorités mesurables. Observer un système avec une planète vue par la tranche, au moment de la conjonction de ses planètes, n'est pas seulement une idée raisonnable, c'est un choix statistiquement justifié. Si l'humanité continue d'explorer le système solaire, en particulier avec l'établissement de bases permanentes sur Mars, la concentration des transmissions puissantes dans le plan de l'écliptique ne fera que s'accentuer. Pour la recherche d'analogues extraterrestres, cela signifie : il vaut la peine d'observer délibérément les étoiles à moins de 5° de notre écliptique, là où nos signaux sont partis et d'où une réponse pourrait venir.
Un phare qui n'éclaire pas dans toutes les directions, mais avec un faisceau étroit le long d'une route maritime très fréquentée, voilà notre civilisation dans le domaine radio. Et maintenant, nous avons une carte précise de ce faisceau. Reste à savoir s'il y a d'autres phares dans le port.
En 20 ans, le DSN a consacré 92,5 années-antenne à ses transmissions, soit l'équivalent d'une antenne qui émettrait en continu pendant près d'un siècle. Pendant ce temps, 79% du temps, le faisceau était dirigé dans une étroite bande autour de l'écliptique, large de seulement 10°.
Dans le roman de Carl Sagan « Contact », le signal d'une civilisation extraterrestre arrive sous la forme d'une puissante impulsion radio que les antennes terrestres captent par hasard. Ce travail montre que si les extraterrestres nous cherchaient, ils devraient regarder notre écliptique au moment des conjonctions planétaires, car c'est là que leurs chances de capter notre « ombre radio » seraient maximales.