Dans un nuage de gaz froid tout près du centre de notre Galaxie, désigné par les astronomes sous le nom de G+0.693-0.027, se cache un véritable laboratoire de chimie. Là, loin des étoiles, à la surface de minuscules grains de poussière — de la taille de particules de fumée — les atomes s'assemblent en molécules, comme une pâte sur une table de cuisine. Récemment, des scientifiques ont pointé deux grands radiotélescopes vers ce nuage et ont enregistré sa « voix radio » — un spectre dans lequel chaque molécule laisse une empreinte unique.
Dans ce spectre, ils ont trouvé plusieurs substances organiques composées de trois atomes de carbone, six d'hydrogène et deux d'oxygène. Auparavant, un seul « isomère » de ce type — une molécule de même formule mais avec une disposition différente des atomes — avait été observé dans l'espace. La liste s'allonge désormais : pour la première fois au-delà de la Terre, du lactaldéhyde et du méthoxyacétaldéhyde ont été détectés. Le lactaldéhyde est comme un sucre auquel on aurait mordu un morceau : il se forme lors de la dégradation de l'acide lactique et participe aux processus biochimiques. Le méthoxyacétaldéhyde est son cousin, où l'oxygène est inséré différemment dans la chaîne.
Les scientifiques pensent que le principal matériau de construction est le monoxyde de carbone (CO), qui adhère au grain de poussière et s'enrichit progressivement en hydrogène, se transformant en méthanol et en éthanol. Ces alcools se combinent ensuite avec d'autres fragments de molécules pour donner toute la variété des C3H6O2. Quant à l'acide propionique, qui selon les calculs devrait être le plus stable de tous, il n'a pas été trouvé dans le nuage. Sa voie de formation est différente — par l'addition d'oxygène au CO — et, apparemment, elle ne fonctionne pas dans ces conditions.
L'espace n'est donc pas un vide, mais une cuisine lente où des plats organiques complexes sont préparés à partir de gaz simples. Les molécules découvertes sont une preuve supplémentaire que la chimie de la vie peut commencer bien avant l'apparition des planètes.
Le lactaldéhyde a été découvert pour la première fois dans l'espace en 2025, et c'est l'une des molécules organiques les plus complexes jamais trouvées dans le milieu interstellaire. À titre de comparaison, le glucose, le sucre ordinaire, contient six atomes de carbone, alors qu'ici il n'y en a que trois — mais c'est déjà un pas vers des structures plus grandes.