Sur une table traîne une poignée de petits aimants ronds. Tant qu'on ne les touche pas, ils restent en désordre. Mais qu'on envoie une brève impulsion de courant à travers eux, et chaque disque bascule : le pôle nord échange sa place avec le pôle sud. Les disques voisins se poussent alors mutuellement avec leurs champs, comme des gens dans une file serrée, et toute la poignée s'aligne en un motif qui dépend de la direction d'où soufflait le vent magnétique et de la température ambiante.
C'est exactement ainsi que fonctionne le nouveau calculateur, assemblé par des physiciens à partir de disques de fer de moins d'un millimètre. Le courant donne l'impulsion, le champ externe donne la direction, et la chaleur ajoute du hasard : à température ambiante, les disques ne basculent pas toujours de la même manière. En reliant ces disques en chaînes, les auteurs ont obtenu un circuit qui reproduit le comportement d'une porte logique « et », et à partir de plusieurs éléments, ils ont construit un additionneur complet à un bit — un dispositif qui additionne deux bits avec retenue, comme dans un processeur ordinaire.
La principale différence avec l'électronique classique, c'est la réversibilité. Dans une puce habituelle, le signal ne va que dans un sens : connaissant l'entrée, on peut connaître la sortie, mais pas l'inverse. Ici, si l'on fixe le résultat, le réseau magnétique « se souvient » tout seul des entrées qui ont pu y conduire. C'est comme une conversation où l'on peut entendre non seulement la réponse, mais aussi la question.
Cette capacité à remonter de la conséquence à la cause rend les ordinateurs probabilistes pratiques pour les tâches où il faut explorer de nombreuses possibilités — par exemple, la factorisation de grands nombres, sur laquelle repose le chiffrement moderne. La réalisation magnétique surpasse les tentatives précédentes en vitesse, en réglabilité et en économie d'énergie : les disques chauffent à peine, et on peut les contrôler avec de faibles impulsions.
La poignée d'aimants posée sur la table s'est avérée être non pas un jouet, mais une ébauche d'un nouveau type de calcul. Le premier additionneur construit, c'est comme la première ampoule d'Edison : elle est faible, de courte durée, mais elle montre la voie à suivre.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2601.13229
Probabilistic computers replace logic gates with networks of interacting random variables, creating bidirectional systems that can back-derive inputs from outputs. Such architectures enable efficient generation of random samples, implementations of novel algorithms, and natural solutions to classically hard problems such as prime factorization. We present a new physical implementation for these networks: ferromagnetic disks whose magnetization switching process is triggered by current pulses, skewed by external magnetic fields, and randomized by ambient thermal noise. We show that geometry-dependent magnetostatic interactions between these magnetic cells lead to system behavior that emulates deterministic logic gates. Furthermore, by chaining multiple "gates," we achieve a highly accurate bidirectional one-bit full-adder, a proof of concept for complex multi-gate logic functions with reversible information flow. This analog magnetic probabilistic computer methodology improves on other implementations in speed, tunability, and energy efficiency, thereby enabling a powerful new pathway towards practical solution of classically hard problems.
L'additionneur complet à un bit composé de disques magnétiques additionne deux bits et la retenue provenant du rang précédent — c'est exactement ce que fait une partie du processeur dans n'importe quel smartphone, sauf qu'ici l'information circule dans les deux sens.
L'idée d'un calculateur qui se souvient de tous les chemins menant à la réponse évoque les machines de la nouvelle de Ted Chiang « L'histoire de ta vie », où un langage extraterrestre permet de voir causes et conséquences simultanément.