Dans les pouponnières d'étoiles, les astres massifs naissent rarement seuls : ils naissent en couples. Deux étoiles tournent autour d'un centre commun, et la plus lourde gonfle la première, éjectant ses couches externes. Une partie de cette matière ne s'échappe pas dans l'espace, mais s'écoule vers la voisine, comme l'eau d'un verre trop plein se déverse dans un autre. Résultat : l'étoile réceptrice s'enrichit en hélium, accumulé dans les profondeurs de l'étoile donneuse.
Les astronomes du projet IACOB ont vérifié ce scénario sur un vaste échantillon : 318 étoiles massives de classe spectrale O dans notre Galaxie. Pour 22 % d'entre elles, l'hélium atmosphérique est nettement plus abondant que la norme cosmique (environ 0,098 par rapport à l'hydrogène). De plus, la plupart de ces étoiles montrent des signes de compagnonnage : soit un compagnon visible à proximité, soit une vitesse anormalement élevée à travers la Galaxie, trace d'une interaction passée.
C'est crucial pour comprendre le destin des étoiles les plus chaudes et les plus brèves. Les étoiles massives explosent en supernovae, laissant derrière elles des étoiles à neutrons ou des trous noirs. Si une part significative d'entre elles a connu une phase d'échange de masse, les explosions elles-mêmes et leurs vestiges seront différents. Une étoile apparemment solitaire pourrait en réalité être le produit d'une histoire mouvementée en couple.
Chez 22 % des étoiles massives, l'hélium atmosphérique dépasse 13 % en nombre d'atomes — c'est comme si, dans un verre d'eau, au lieu d'une cuillère de sucre, il y en avait une et demie.