La lentille « œil de poisson » est un verre inhabituel : son indice de réfraction varie du centre vers le bord de telle sorte que tout rayon émis depuis un point quelconque converge vers le point strictement opposé. Fabriquer une telle lentille en verre ordinaire est presque impossible, mais les physiciens ont trouvé une solution de contournement. Dans un nuage d'atomes refroidis à des fractions de milliardième de degré au-dessus du zéro absolu, les ondes sonores se comportent comme la lumière dans une lentille. La vitesse du son dans un tel nuage peut être modifiée progressivement d'un point à l'autre, et les ondes se courbent alors de la manière souhaitée.
L'expérience a été menée avec un condensat de Bose-Einstein, un état de la matière où des milliers d'atomes fusionnent en une seule onde quantique. Des impulsions sonores y ont été excitées et l'on a observé comment leurs fronts d'onde convergeaient vers le foyer. Les observations ont coïncidé avec les calculs : les ondes émises en un point se rassemblaient bien au point opposé. C'est la première réalisation d'un « œil de poisson » acoustique dans un gaz quantique.
Cette approche ouvre la voie à la modélisation d'espaces courbes et d'effets optiques inhabituels à l'aide du son. Au lieu de dispositifs optiques coûteux et complexes, on utilise un nuage d'atomes que l'on peut contrôler avec des champs magnétiques et des lasers.
Dans un condensat de Bose-Einstein, le son se déplace à quelques millimètres par seconde seulement, soit cent mille fois plus lentement que dans l'air.