Une lampe ordinaire émet de la lumière dans toutes les directions, et il est impossible de prédire quand le prochain photon sortira. Or, les technologies quantiques nécessitent une lumière bien différente : des photons uniques, émis un par un, comme des lettres glissant par la fente d'une boîte aux lettres. Les physiciens ont appris à produire de tels photons dans une fibre optique, celle-là même qui parcourt déjà les villes pour Internet.
On a ajouté un peu de germanium à l'intérieur de la fibre pour la rendre sensible aux ultraviolets. Ensuite, un laser ultraviolet a inscrit dans la fibre un minuscule réseau de bandes sombres et claires. Ce réseau agit comme un miroir pour la lumière, mais il ne réfléchit pas tout : il ne renvoie qu'une bande spectrale très étroite, telle une fente étroite dans une porte qui ne laisse passer qu'un seul type de courrier. Lorsqu'on envoie un puissant laser de pompe dans la fibre, il arrive que deux photons naissent simultanément. L'un d'eux est réfléchi par le réseau et ressort en arrière, tandis que l'autre continue sa route. En capturant le premier, on sait que le second existe bel et bien et qu'il est déjà en chemin.
Dans l'expérience, ces paires naissaient assez fréquemment, et les faux déclenchements étaient rares : pour 70 vraies paires, on comptait une coïncidence fortuite. Cela signifie que la source peut être utilisée dans les réseaux quantiques : envoyer des photons uniques le long de la fibre et les coupler à une mémoire quantique, où la lumière est arrêtée et stockée. Une telle mémoire est nécessaire pour que différents types de dispositifs quantiques puissent communiquer entre eux.
Le réseau de Bragg, qui ne réfléchit qu'une bande spectrale étroite, agit comme un minuscule miroir de quelques fractions de millimètre d'épaisseur, mais il est capable d'éliminer presque toute la lumière parasite.