Un minuscule supraconducteur en lévitation au-dessus d'un aimant, c'est comme un bouchon à la surface d'un océan invisible. Le moindre souffle de matière noire le fait frémir. Les scientifiques ont envisagé deux types de ce « vent ». Le premier, ce sont les ondes gravitationnelles, qui étirent et compriment l'espace lui-même, telle une ride sur le tissu du cosmos. Le second, ce sont des impulsions magnétiques qui induisent un courant directement dans le capteur en lévitation. C'est le signal magnétique qui s'est révélé prometteur : il pourrait révéler des particules des milliards de fois plus légères que l'électron. Mais la vraie surprise, c'est que pour chasser l'invisible, on n'aura pas besoin d'un détecteur souterrain géant, mais d'un appareil compact qui tient sur une table de laboratoire. Déjà au siècle dernier, les astronomes Fritz Zwicky et Vera Rubin avaient montré que les galaxies sont maintenues par une masse invisible. Aujourd'hui, l'aimant en lévitation transforme ces intuitions en signal mesurable, ouvrant peut-être une fenêtre sur un lien caché avec la matière ordinaire.
Le capteur perçoit une force un milliard de fois plus faible que le poids d'un moustique. C'est comparable à la sensation d'un souffle d'aile de papillon se posant à l'autre bout de la table – une sensibilité nécessaire pour repérer les particules ultralégères du secteur sombre.
L'idée d'un « détecteur en lévitation » fait écho aux voiles gravitationnelles des frères Strougatski, où des champs invisibles servaient déjà à se déplacer.