Le trou noir GRS 1915+105 se cache généralement derrière un rideau de gaz dense — son émission de rayons X est fortement absorbée sur le chemin vers nous. Mais en avril 2023, il a soudainement érupté : le flux de rayons X a presque décuplé. Les télescopes NICER et Swift ont suivi l'éruption et enregistré comment le spectre — la distribution de l'énergie des rayons X en fonction de la longueur d'onde — changeait.
Le spectre a montré que pendant l'éruption, le rideau est devenu plus mince, et l'émission propre du trou noir s'est intensifiée. De plus, les raies du fer — des pics caractéristiques dans le spectre qui apparaissent lorsque les rayons X se réfléchissent sur le gaz — se comportaient de manière inhabituelle. Certaines raies changeaient rapidement, d'autres ne bougeaient presque pas. Cela indique que le gaz autour du trou noir est disposé en couches : les couches proches se sont peut-être dissipées, tandis que les couches lointaines sont restées denses.
Deux jours et demi après l'éruption de rayons X, les radiotélescopes ont capté une sursaut radio. Il s'agit probablement d'un jet de matière que le trou noir a éjecté après avoir « avalé » une partie du gaz. Cela signifie que l'accrétion de gaz et le lancement du jet sont liés : lorsque le rideau oscille, le trou noir peut « éternuer » un jet.
De telles observations aident à comprendre comment les trous noirs dans les systèmes binaires basculent entre différents états — de l'émission calme aux éjections puissantes. Et la structure en couches du gaz pourrait expliquer pourquoi nous voyons parfois le trou noir, et parfois non.
L'éruption de rayons X était si brillante qu'elle a été détectée même à travers le rideau dense qui atténue habituellement la lumière par un facteur de plusieurs dizaines.
Dans le roman « Solaris » de Stanislas Lem, l'océan de la planète se comporte lui aussi comme un être vivant : tantôt il cache, tantôt il montre ses profondeurs — un peu comme le rideau changeant autour du trou noir.