Une rangée de dominos : quand le premier tombe, poussant le suivant, une onde parcourt la chaîne. La frontière entre les dominos tombés et ceux encore debout est une image exacte d'une paroi magnétique. Dans les films magnétiques microscopiques, ces parois séparent des zones d'aimantation différente. Cette frontière mobile peut transporter l'information — comme si elle devenait elle-même un qubit.
Son principal atout est sa robustesse. Dans les dispositifs quantiques, l'ennemi numéro un est l'entropie, le désordre qui détruit les états fragiles. La paroi magnétique résiste naturellement au chaos. Pour étudier ses propriétés, les scientifiques éclairent le matériau avec un laser — c'est la spectroscopie. Et le bonus le plus inattendu : ces qubits ne nécessiteront probablement pas de refroidissement jusqu'au zéro absolu. Un processeur quantique pourrait tenir dans la paume de la main.
Des parois similaires — mais de taille cosmique — ont pu exister après le Big Bang, séparant des espaces aux lois physiques différentes. Les astronomes recherchent ces frontières géantes, tandis que dans les laboratoires, leurs jumeaux miniatures reproduisent déjà cette architecture ancestrale. L'idée du calcul quantique a été proposée par Richard Feynman et David Deutsch ; aujourd'hui, les parois magnétiques concrétisent leur vision.
La paroi de domaine la plus fine jamais enregistrée a l'épaisseur d'un seul atome — comme si une armée d'atomes se tenait serrée, mais chacun regardant dans sa propre direction.
Les auteurs de science-fiction décrivent depuis des décennies des ordinateurs où l'information voyage elle-même à travers les circuits. Les parois magnétiques transforment ce rêve en réalité.