Une lanterne brille à travers un épais brouillard. La lumière se diffuse sur les gouttelettes d'eau et la lanterne paraît floue. Autour d'un trou noir, il se passe quelque chose de semblable : un gaz brûlant, tel un brouillard, l'enveloppe, et les rayons X provenant des régions internes du disque traversent ce nuage. Seulement, ici, les « gouttelettes » sont des électrons, et ce « brouillard » est appelé couronne.
Les auteurs de la nouvelle étude ont construit un modèle de cette couronne pour un trou noir qui aspire la matière très lentement — environ un centième du taux maximal possible. Ils ont pris en compte non seulement la diffusion de la lumière par les électrons, mais aussi la création de paires : lorsque deux photons entrent en collision avec une énergie suffisante, ils peuvent se transformer en un électron et son antiparticule, le positon. Ce processus, semble-t-il, densifie fortement la couronne et la plaque plus près du trou noir.
Le modèle a permis de calculer à quoi ressemblerait le rayonnement X pour un observateur sous différents angles. Il s'avère que le degré de polarisation (la mesure dans laquelle les ondes lumineuses oscillent dans un même plan) dans la gamme de 2 à 8 keV atteint 4 à 10 %. Ces chiffres concordent bien avec les données de systèmes binaires réels, où un trou noir attire la matière d'une étoile voisine. Cette « lanterne à rayons X » permet de regarder au cœur même d'un trou noir en accrétion.
Les paires électron-positon dans la couronne d'un trou noir naissent de l'énergie pure : deux photons entrent en collision et disparaissent, laissant place à deux particules dotées de masse. C'est un exemple direct de la formule E=mc² en action.
Dans le roman « Accelerando » de Charles Stross, on décrit des civilisations qui utilisent les disques d'accrétion des trous noirs comme sources d'énergie et de matières premières pour produire de l'antimatière — presque comme dans ce modèle.