La collision de deux étoiles à neutrons est une forge cosmique où se créent en quelques secondes les éléments les plus lourds du tableau périodique. En 2017, les détecteurs ont capté les ondes gravitationnelles d'une telle fusion, et les télescopes ont observé une lueur — une kilonova. Son éclat est alimenté par la désintégration des noyaux instables nés lors du processus rapide de capture de neutrons (processus r). Mais cette forge a des assistants discrets que l'on n'avait pas remarqués auparavant.
Il s'agit des isomères nucléaires — des états dans lesquels le noyau reste piégé pendant des fractions de seconde à des heures, avant de libérer de l'énergie et de passer à l'état fondamental. Dans les calculs habituels, on ne les prenait pas en compte : on supposait qu'après la désintégration bêta, le noyau fils se calmait instantanément. Les auteurs de l'étude ont pour la première fois suivi le comportement de plusieurs isomères en tant qu'acteurs indépendants de la réaction. Ils ont calculé comment la température influence les transitions entre l'état isomérique et l'état fondamental, et comment la désintégration bêta peuple différents niveaux du noyau.
Il s'avère que deux raies pourraient être suffisamment brillantes pour être détectées par des observatoires gamma comme COSI, AMEGO ou LOX — si l'explosion se produit dans notre Galaxie. Il s'agit de la raie à 743,3 keV de l'isomère du niobium-97 et de la raie à 555,6 keV de l'yttrium-91. Pour l'instant, le calcul n'a été fait que pour une petite fraction des isomères connus, mais il est déjà clair que sans eux, l'image du ciel gamma après une fusion serait incomplète. La forge cosmique fonctionne plus subtilement que nous le pensions, et nous avons désormais une chance d'entendre ses signaux discrets.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2606.26447
The multi-messenger observations of GW170817 have provided strong evidence that binary neutron star mergers are a site of heavy-element production through the rapid neutron capture process. The decay of unstable $$r$$-process nuclei produces a significant number of $$\gamma$$-rays, which not only power the associated kilonova, but may also be observable in current and future $$\gamma$$-ray observatories, providing a direct probe of the nuclei synthesized. Current models of the emitted $$\gamma$$-rays link a nuclear reaction network with individual decay spectra. Typically, only the population of the ground state of the nuclei is tracked in the reaction network, and rapid de-excitation of the daughter nuclei is assumed when calculating the decay spectra. This may not be accurate in nuclei where there are longer-lived, high-energy nuclear isomers. In this work, we relax these assumptions, modeling the dynamic behavior of nuclear isomers for a select list of nuclei. These isomers are included as independent states in the network, with temperature-dependent effective transition rates between ground and isomeric states and $$\beta$$-feeding probabilities calculated using the nuclear level structure. We estimate the $$\gamma$$-ray flux from isomeric transitions, finding that the 743.3 keV line of Nb-97m and the 555.6 keV line of Y-91m may be detectable in $$\gamma$$-ray observatories such as COSI, AMEGO, and LOX at galactic distances. These results, calculated for a small fraction of nuclei with isomers, highlight the need for the robust inclusion of nuclear isomers in nuclear reaction networks, as well as careful modeling of the resultant $$\gamma$$-ray spectroscopy to characterize observational signals.
Certains isomères nucléaires vivent si longtemps qu'on peut les conserver en laboratoire pendant des années — par exemple, l'isomère du hafnium-178 a une demi-vie de 31 ans.
Dans le roman « Blindness » de Peter Watts, les sondes extraterrestres utilisent des sursauts gamma pour communiquer — peut-être que les raies isomériques nous aideront un jour à déchiffrer des messages cosmiques.