Imaginez une table de billard sur laquelle trois boules filent à toute allure. Elles se percutent, changent de direction, et on ne sait jamais où ira le prochain tir. C'est à peu près ce qui se passe au centre des galaxies lorsque trois trous noirs supermassifs s'y rencontrent.
Les scientifiques ont créé un modèle informatique qui, pour la première fois, retrace toute l'histoire d'un tel trio – de la lente approche à la collision finale. Auparavant, ces calculs étaient trop simplifiés ou ne tenaient pas compte du gaz et des étoiles environnants. On voit désormais comment l'inclinaison de l'orbite du troisième trou noir ou une gorgée de gaz supplémentaire change le résultat : parfois les paires fusionnent en quelques centaines de millions d'années, parfois elles restent bloquées pendant des milliards d'années. Lors de la fusion naissent des ondes gravitationnelles – des vibrations de l'espace lui-même, se propageant à la vitesse de la lumière. Les scientifiques les détectent grâce aux pulsars – ces balises cosmiques découvertes par Jocelyn Bell Burnell.
Toute cette mécanique complexe repose sur les lois établies par des pionniers : Subrahmanyan Chandrasekhar a expliqué comment les étoiles se déplacent dans les galaxies, et Karl Schwarzschild a le premier décrit mathématiquement les trous noirs. Aujourd'hui, nous savons que la danse des trous noirs est fortement influencée par la matière noire invisible qui enveloppe la galaxie – sans elle, bien des fusions n'auraient tout simplement pas lieu.
Dans un système triple, un trou noir peut accélérer brutalement la fusion des deux autres, tel une boule de billard qui, d'un tir précis, empoche les deux voisines d'un coup.
Ces travaux rappellent vivement le roman « Le Problème à trois corps » de Liu Cixin : là-bas, le chaos de trois soleils décidait du sort d'une civilisation ; ici, la danse chaotique de trois trous noirs détermine s'ils fusionneront ou si l'un d'eux sera éjecté dans le vide intergalactique.