L'ARN dans un virus ressemble à un long filament chargé, et l'enveloppe virale à une sphère portant des charges opposées. Le filament est attiré vers la paroi parce que les charges opposées s'attirent. Mais dans la solution, il y a du sel. Ses ions sont comme une foule de médiateurs : ils se collent aux charges et affaiblissent leur liaison. Plus il y a de sel, plus le filament tient faiblement à la paroi.
Les scientifiques ont créé un modèle informatique : un filament de 1122 perles, une sphère avec 180 protubérances chargées, le tout entouré d'eau et d'ions de sel. Tout obéissait aux lois de l'électricité. D'abord, ils ont validé le modèle avec un filament libre, dont la flexibilité correspondait aux expériences. Ensuite, ils ont placé le filament dans la sphère et observé comment il se repliait.
Il s'est avéré que le sel éloigne le filament de la paroi vers le centre. Cela était déjà connu grâce à des théories qui lissent toutes les charges. Mais le modèle a révélé du nouveau : si les protubérances sur la paroi sont espacées, le filament s'enroule autour de chacune individuellement. Si elles sont nombreuses et serrées, le filament cesse de les distinguer. Une queue de protéine qui dépasse force le filament à s'enrouler autour d'elle, plutôt que de simplement s'y coller.
Auparavant, on ne savait pas à quel point les théories simples étaient précises. Maintenant, c'est clair : elles sont valables pour la vue d'ensemble, mais pas pour les détails. Les charges sur l'enveloppe créent une carte d'attraction, et le filament la lit comme un labyrinthe. Le sel modifie à la fois la carte et la vitesse de recherche du chemin. Ces connaissances aideront à construire des particules pseudo-virales pour la délivrance de médicaments, comme des conteneurs qui s'assemblent tout seuls.
Le temps d'établissement de l'équilibre dans le modèle augmente d'un facteur sept lorsque la concentration en sel passe de 10 à 100 mM, ce qui signifie que dans un environnement plus salé, le génome « met plus de temps à trouver » son repliement final. Pour comparaison, à 10 mM, l'équilibre est atteint en 64 nanosecondes, tandis qu'à 100 mM, il faut près d'une demi-microseconde.