La nuit, dans la chambre, un orchestre joue, et le soliste, c'est la respiration. Sous le drap, un tapis de 512 capteurs capte les moindres mouvements du corps. Lorsque la respiration s'arrête pendant dix secondes, l'orchestre se tait. Le défi est d'entendre ce silence.
Jusqu'ici, on ne savait pas quelles notes de cette musique étaient les plus importantes. Les chercheurs ont décomposé le signal : statistiques, passages par zéro, énergie, ondelettes, dimension fractale. En tout, dix groupes, 191 caractéristiques. Mais lesquelles parlent vraiment d'une pause respiratoire ?
Il s'avère que le chef d'orchestre, c'est la fréquence respiratoire. La puissance dans la bande étroite de 0,1 à 0,4 Hz, là où se produisent les mouvements respiratoires, est primordiale. Les ondelettes et les mesures non linéaires sont presque superflues : leur contribution n'est que de 10,4 % pour 59 caractéristiques.
Le modèle Random Forest a atteint une AUC-ROC de 0,967, ce qui signifie qu'il distingue un événement d'apnée d'une fenêtre propre presque sans erreur. Chez 79 % des patients, la précision dépassait 0,95. Une validation stricte avec exclusion d'un patient garantit que le résultat n'est pas dû au hasard.
Maintenant que l'on sait quelles notes écouter, on peut monter un orchestre compact. Au lieu de 191 caractéristiques, 48 suffisent, des fréquentielles et des temporelles. Un tel tapis pourrait fonctionner à la maison, sans capteurs fixés sur le corps ni appareillage complexe.
Revenons à l'orchestre. Nous savons désormais que la pause respiratoire s'entend non pas dans des motifs complexes, mais dans un rythme simple. Le tapis sous le drap pourrait devenir un gardien du sommeil à domicile, qui ne dérange pas, mais se contente d'écouter.
La précision médiane de synchronisation entre le polygraphe et le tapis était de 21 millisecondes, soit moins que la durée d'une trame à 50 Hz. Cette précision a été obtenue en transmettant un code pseudo-aléatoire via le canal EEG, comme un code Morse entre deux horloges indépendantes.