Un cristal, c'est un peu comme une salle de spectacle avec deux types de sièges : certains ont quatre voisins, d'autres en ont six. D'habitude, quand il fait très froid, tout le monde reste figé à sa place, comme les spectateurs dans une salle plongée dans le noir. Mais dans ce cristal, à moins 268 degrés, les atomes de fer et de magnésium se sont mis à changer de place : le fer a rejoint les sièges à six voisins, et le magnésium ceux à quatre voisins. La température est si basse que l'agitation thermique est presque nulle, et pourtant le déménagement a bien lieu.
La cause, c'est le magnétisme. Lorsque le cristal refroidit, un ordre magnétique s'installe, tel un chef d'orchestre qui impose une nouvelle partition. Les atomes suivent cette partition et échangent leurs places. Les scientifiques l'ont vérifié en comprimant le cristal sous pression : dans ce cas, les atomes se déplaçaient en sens inverse. Cela montre que ce n'est pas la contraction due au froid qui est en cause, mais bien l'ordre magnétique. On pensait auparavant qu'à de telles températures, les atomes dans un solide étaient totalement immobiles ; on voit maintenant que les forces magnétiques peuvent les mettre en mouvement. Pour l'instant, c'est une connaissance fondamentale, mais elle aidera à comprendre comment se comportent les matériaux dans l'espace et dans les dispositifs supraconducteurs.
À 5 K, l'énergie thermique est d'environ 0.4 meV, alors que la barrière typique de migration des cations dans les oxydes est de 1 à 2 eV. C'est comme si une personne sautait par-dessus un mur d'un kilomètre de haut sans élan.