En 1965, des microbiologistes ont rapporté de l'île de Pâques un échantillon de sol dont on a ensuite isolé une substance baptisée rapamycine. On l'a d'abord employée contre les champignons, puis on a découvert qu'elle ralentissait le vieillissement chez la souris. Aujourd'hui, ce même médicament semble capable de réparer le système vasculaire du cerveau abîmé par la maladie d'Alzheimer.
Les vaisseaux perdent leur capacité à se dilater quand les neurones réclament plus d'oxygène. Résultat : le cerveau manque d'énergie et des microhémorragies apparaissent dans ses tissus. Neuf patients sur dix atteints de cette maladie présentent de telles lésions vasculaires. Les chercheurs ont vérifié si l'on pouvait enrayer ce processus en inhibant la protéine mTOR, qui orchestre la croissance cellulaire et l'accumulation des protéines.
Des souris modèles de la maladie d'Alzheimer ont reçu de la rapamycine mélangée à leur nourriture à partir de l'âge de quatre mois. À dix-huit mois, la surface des dépôts vasculaires d'amyloïde était inférieure de 40,6 % chez les animaux traités par rapport au groupe témoin. Les plaques présentes dans le tissu cérébral lui-même, en revanche, n'avaient pas bougé : le médicament agissait bien sur les vaisseaux.
C'est un tournant important : les troubles vasculaires surviennent avant la mort des neurones et pourraient bien être ceux qui déclenchent la cascade des lésions. Chez les souris traitées à la rapamycine, les vaisseaux se sont remis à se dilater en réponse à un signal chimique, même lorsque de l'amyloïde subsistait dans leurs parois. La barrière entre le sang et le cerveau est devenue plus étanche : les molécules de colorant qui s'infiltraient auparavant dans le cerveau étaient désormais retenues. Le nombre de microhémorragies est retombé au niveau des animaux sains.
La mémoire des souris a été testée ainsi : on les plaçait dans une cage où elles recevaient une légère décharge électrique, puis on regardait si elles se figeaient de peur en se retrouvant dans la même cage. Les souris ordinaires atteintes de la maladie d'Alzheimer ne se souvenaient pas du danger, tandis que celles qui recevaient de la rapamycine se figeaient comme des souris saines. Le cerveau recevait de nouveau l'oxygène à temps, ce qui a rendu aux animaux leur capacité à mémoriser.
La rapamycine s'est révélée un agent de circulation qui débarrasse les grands axes vasculaires du cerveau des bouchons d'amyloïde. Elle ne ressuscite pas les neurones déjà morts, mais elle aide à préserver les routes qui leur apportent l'oxygène. Si cette approche fonctionne chez l'être humain, les médecins disposeront d'un outil pour intervenir à un stade précoce, quand le réseau vasculaire se laisse encore réparer.
La rapamycine a été découverte dans un échantillon de sol de l'île de Pâques et utilisée d'abord comme antifongique, avant de devenir célèbre comme gérioprotecteur, capable de prolonger la vie des souris.
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