Prenez deux singes qui se ressemblent : l'un peut vivre quatre fois plus longtemps que l'autre. Le secret ne tient pas seulement à la taille du corps, il est caché dans les gènes, comme des annotations portées sur un même livre et qui en changent le sens.
Les scientifiques ont repéré ces « annotations » chez sept espèces de singes qui vivent étonnamment longtemps pour leur poids, homme compris. Chez tous les longévifs, les mêmes endroits des gènes portent les mêmes modifications, absentes chez les espèces à vie courte. Le plus frappant : la plupart de ces modifications touchent des gènes qui commandent la capacité masculine à procréer.
L'humain fait lui aussi partie de l'équipe des longévifs, et nous portons les mêmes « annotations » génétiques. Notre longue vie est peut-être le fruit d'un choix ancien que l'évolution a fait pour nous : un peu moins de force consacrée à la reproduction, mais davantage à la réparation des cellules. Si les chercheurs comprennent comment ces gènes fonctionnent exactement, ils pourront chercher des moyens de ralentir le vieillissement.
Parmi les 13 espèces de primates retenues, c'est l'humain qui s'est révélé le grand gagnant : son quotient de longévité dépasse 1,3, alors que chez certains lémuriens et cercopithèques il tombe sous 0,8. Autrement dit, l'humain vit plusieurs fois plus longtemps que ne le laisserait supposer sa masse corporelle.
L'idée d'un compromis entre reproduction et longévité traverse le roman d'Aldous Huxley, « Le Meilleur des mondes », où la société sacrifie la durée de vie individuelle au profit d'une reproduction stable. Dans cet article, ce compromis se lit à l'échelle des substitutions d'acides aminés dans les gènes de fertilité masculine.
Non publié sur arXiv. Voici sa page, le PDF et la formalisation : vous pouvez vérifier vous-même, pas seulement lire notre analyse.