Faire chanter un diamant et un tube à l'unisson ✎ express

Original: "Hybrid quantum device with nitrogen-vacancy centers in diamond coupled to carbon nanotubes"
arXiv:1606.02998 · 2016-06-09 · arXiv non-exclusive · analyse indépendante · 2 min
Un minuscule défaut dans un diamant et un tube de carbone suspendu échangent des vibrations, comme deux diapasons accordés l'un à l'autre.

Un diapason sonne quand on le frappe. Ses branches oscillent et le son se fait entendre jusqu'à ce que la vibration s'éteigne. Dans le monde quantique, il existe aussi ses propres « diapasons » — par exemple, un défaut dans un diamant qui répond au champ magnétique, et un tube de carbone capable de vibrer à des fréquences des milliards de fois plus élevées que la note « la ». Dans ce nouveau travail, ces deux objets ont été amenés à se ressentir l'un l'autre.

Un défaut dans un diamant est un endroit où un atome de carbone est remplacé par un atome d'azote, et où le site voisin du réseau est vide. Un tel centre azote-lacune se comporte comme un minuscule aimant, sensible à son environnement. À côté, on suspend un nanotube de carbone — un cylindre creux de quelques atomes d'épaisseur. On fait passer un courant continu dans le tube, ce qui génère un champ magnétique autour de lui. Ce champ agit sur le spin du défaut — une rotation interne, semblable à l'aiguille d'une boussole. Lorsque le tube vibre, le champ varie et le spin répond.

Le couplage entre le spin et la vibration peut être renforcé ou affaibli simplement en modifiant le courant dans le tube ou la distance au défaut — comme on règle le volume d'une radio.

Ainsi naît un hybride : le mouvement mécanique se transforme en signal magnétique et inversement. Cela permet d'écrire de l'information quantique dans les vibrations du tube et de la lire via le spin du diamant. Les auteurs ont calculé que la force d'interaction est suffisante pour créer des portes quantiques — les opérations de base des futures machines de calcul. L'avantage principal est que tout se passe à température ambiante, sans installations de refroidissement encombrantes.

Un nanotube de carbone est cent mille fois plus fin qu'un cheveu humain, mais il peut supporter le poids d'une bactérie entière sans se rompre.

L'idée rappelle la mécanique ancienne, où des engrenages transmettent la rotation. Mais ici, au lieu de dents, ce sont des champs magnétiques, et au lieu de roues, des objets quantiques uniques. Pour revenir au diapason : maintenant, deux « branches » oscillent en synchronie, bien que séparées par le vide. L'une vibre à cause du courant, l'autre à cause du magnétisme quantique, et ensemble elles peuvent stocker et traiter l'information d'une manière qu'aucun instrument classique ne sait faire.

Les centres azote-lacune dans le diamant sont si stables qu'on les utilise comme thermomètres ultrasensibles, capables de détecter un changement de température d'un millième de degré à l'intérieur d'une cellule vivante.

Dans le roman « L'Âge de diamant » de Neal Stephenson, les nanotechnologies imprègnent le quotidien, et ici un nanotube et un défaut dans un diamant deviennent les « atomes » d'une machine de calcul — un pas vers ce futur-là.

Scientifiques
Satyendra Nath BoseAlbert Einstein
Notions
centre NV du diamant spectroscopie du centre NV du diamant système hybride qubit à l'état solide piège à électrons nanotube de carbone nanodispositif vanadium carbone 13 nitrure de bore hexagonal