Quand Edwin Hubble a découvert l'expansion de l'univers et que Vera Rubin a mis en évidence la matière noire, l'édifice de la cosmologie semblait solide. Mais le télescope James Webb a plongé si loin dans le passé qu'il a aperçu des galaxies poids lourds là où, selon les calculs, il ne devait y avoir que des « semis ». C'est comme trouver un chêne centenaire dans un carré de semis planté la veille. Les astronomes se sont inquiétés : et si la théorie était fausse ? Mais de nouveaux calculs ont montré que la faute en revenait à des balances imprécises. La lumière des galaxies lointaines n'est qu'un indicateur approximatif de leur masse, et les erreurs gonflent systématiquement le résultat. Après recalibrage, les « géantes » se sont révélées être simplement des objets grands et rares, dont nous avions mal interprété les signaux. Le plus étonnant : un mirage similaire est connu des anthropologues depuis les années 1920. En sélectionnant les crânes les plus remarquables, ils surestimaient la taille moyenne des anciens humains. Ici, c'est pareil : les galaxies « impossibles » ne détruisent pas la cosmologie, elles rappellent que même un télescope doit vérifier son acuité visuelle.
L'effet qui a joué un mauvais tour aux astronomes s'appelle le biais d'Eddington. Il a été décrit pour la première fois à propos de la mesure de crânes : quand on capture des objets rares, la moyenne semble plus élevée qu'elle ne l'est en réalité.
Dans le roman « Contact » de Carl Sagan, l'héroïne reçoit un signal d'une civilisation extraterrestre. Sans des corrections précises des distorsions cosmologiques, le décodage aurait pu suivre une fausse piste — tout comme avec ces galaxies.