Une sphère métallique est un piège pour les ondes lumineuses. En se réfléchissant sur les parois, elles se combinent en oscillations figées, un peu comme des vaguelettes sur un étang qui auraient suspendu le temps. Pour chaque motif (mode), les équations de Maxwell imposent une fréquence stricte. Mais si l'on pousse les calculs jusqu'à la fréquence nulle, on bute sur un accroc : les champs disparaissent, alors que le potentiel — une sorte de plan de l'onde — subsiste. Les physiciens appellent cela un mode fantôme : il ne produit ni lumière ni ondes radio.
On ne peut pas ignorer ce fantôme : il participe au décompte de toutes les ondes possibles à l'intérieur de la sphère. Si on l'oublie, lors d'un échauffement, une erreur dans le calcul de l'entropie (la mesure du désordre thermique) entraînerait une divergence notable dans le rayonnement. Ce sont précisément de telles incohérences qui, au début du XXe siècle, ont empêché la physique classique d'expliquer le spectre d'un corps chauffé — et ont poussé Max Planck à introduire les quanta, donnant naissance à la théorie quantique. Aujourd'hui, la prise en compte rigoureuse de tous les « quasi-modes » évite des erreurs lors de la conception de résonateurs pour les ordinateurs quantiques et les instruments de spectroscopie (l'analyse de la lumière par couleurs).
Compter les modes électromagnétiques dans une cavité est précisément le problème qui a conduit à la naissance de la physique quantique, lorsque la théorie classique n'a pas réussi à expliquer le rayonnement du corps noir.
Un potentiel fantôme sans champ, c'est comme l'« espace nul » de la science-fiction : un vide qui recèle une énergie cachée.