Lorsqu'un neutron percute un noyau, il peut en arracher un morceau : une particule alpha, c'est-à-dire un noyau d'hélium. Ces collisions se produisent constamment dans les réacteurs nucléaires, mais il est difficile de les mesurer avec précision : le neutron ne laisse aucune trace dans un détecteur ordinaire, et on ne peut le détecter que par ses conséquences.
Dans cette étude, les physiciens ont rempli une chambre de dioxyde de carbone et y ont envoyé un faisceau de neutrons. La chambre servait à la fois de cible et de détecteur : lorsqu'un neutron frappait un noyau de carbone ou d'oxygène, la particule alpha éjectée ionisait le gaz, et à partir de cette trace, on reconstituait l'angle et l'énergie. Cette approche est appelée cible active.
Les mesures ont été effectuées sur un faisceau de neutrons d'une énergie d'environ 14 MeV — c'est environ un million de fois plus que l'énergie d'une liaison chimique, mais des milliers de fois moins que celle des particules du Grand collisionneur de hadrons. La comparaison avec les données précédentes montre un bon accord pour le carbone, mais pour l'oxygène-16, la section efficace totale s'est avérée nettement inférieure aux estimations de la bibliothèque ENDF. Cela signifie que les calculs antérieurs pourraient surestimer la vitesse d'accumulation d'hélium dans les matériaux du réacteur.
La méthode de la cible active a permis d'obtenir des données sur une large gamme d'angles même avec un faisceau faible — les neutrons étaient peu nombreux, mais un sur deux laissait une trace utile. Cette technique sera utile pour étudier d'autres réactions nécessitant une grande précision.
Le dioxyde de carbone dans la chambre n'est pas seulement une cible, mais aussi le détecteur lui-même : la particule alpha éjectée laisse dans le gaz une traînée d'ions, comme une balle laisse une trace dans le brouillard.