Au cœur d'un grand accélérateur de particules règne une pluie invisible de rayons gamma — comme si l'on laissait un fil de verre sous un appareil à rayons X allumé pendant des années. L'électronique classique y lâche rapidement, et il faut bien transmettre les données du détecteur vers l'extérieur. La solution, c'est la fibre optique : un mince fil de verre dans lequel la lumière circule.
Mais sous irradiation, le verre se trouble : les radiations éjectent les atomes de leur place dans le réseau cristallin, et la lumière se disperse, s'affaiblit. Les scientifiques ont pris une fibre de télécommunications dopée au germanium et l'ont irradiée avec des rayons gamma provenant du cobalt-60. À une dose de 300 kGy — l'équivalent de trois cent mille radiographies pulmonaires concentrées sur un seul point — les pertes de lumière n'ont atteint que 0,05 décibel par mètre. Autrement dit, après cent mètres de câble, le signal ne serait affaibli que de moitié.
À basse température, autour de moins quinze degrés, la fibre souffre davantage : le froid empêche le verre de « cicatriser » les zones endommagées. Mais dès que l'on retire la source de radiation, en quelques heures les défauts se résorbent et la transparence revient presque à son niveau initial — que l'irradiation ait été rapide ou lente, à chaud ou à froid.
On peut d'ores et déjà poser ce type de fibre à l'intérieur des détecteurs des futures expériences : elle ne craint pas les radiations, prend peu de place et transmet les données plus vite que les câbles en cuivre. La lumière dans le fil de verre se révèle plus endurante qu'on ne le croit.
Une dose de 300 kGy est mortelle pour l'homme des milliers de fois, mais pour une fibre de verre, ce n'est qu'un léger voile qui disparaît après quelques heures de repos.