Le graphène est une feuille de carbone d'un atome d'épaisseur. Si on la découpe en fines bandes, on obtient des nanorubans de graphène. Leurs propriétés dépendent de la façon dont la bande est taillée : comme avec un même morceau de tissu, on peut coudre une nappe lisse ou une jupe plissée.
Dans ces nouveaux travaux, des chimistes ont assemblé un ruban de forme asymétrique. Tous les électrons libres se sont retrouvés d'un seul côté, comme si tous les invités d'une fête s'étaient entassés autour d'une même table. Cette promiscuité a poussé les électrons à se comporter de manière coordonnée : leurs spins (de petites aiguilles magnétiques) se sont alignés dans la même direction. Le ruban est devenu un aimant et a cessé de laisser passer le courant.
Les calculs ont confirmé que les électrons du ruban interagissent fortement entre eux, et que cette interaction déclenche l'ordre magnétique. Cela signifie qu'en modifiant la forme du ruban, on peut prédéfinir ses propriétés magnétiques. Ces rubans sont comme des pièces de jeu de construction, avec lesquelles on assemble des matériaux au comportement souhaité.
Les rubans de graphène magnétiques pourraient devenir la base de la spintronique, c'est-à-dire des dispositifs où l'information est transportée non pas par la charge, mais par la direction du spin. C'est une voie vers des puces plus rapides et plus économes en énergie.
L'ordre magnétique dans le ruban apparaissait à température ambiante, comme pour un aimant de réfrigérateur ordinaire, mais le ruban est des milliers de fois plus fin qu'un cheveu humain.