Une minuscule lamelle de cristal repose sur un substrat, comme une feuille d'automne sur une paume. Son épaisseur est plus fine qu'un cheveu humain, et pourtant des effets quantiques bouillonnent à l'intérieur : supraconductivité, ordre magnétique, liquide de spin quantique. Mais comment mesurer à quel point cette lamelle gonfle sous la chaleur ou se contracte dans un champ magnétique ? L'instrument habituel exige un échantillon de la taille d'un bouton — un cristal rare de cette taille ne pousse tout simplement pas.
Les ingénieurs ont modifié un dilatomètre standard — un appareil qui détecte les variations de longueur avec une précision de l'ordre de quelques fractions d'atome. Au lieu de serrer l'échantillon entre deux mâchoires, ils l'ont posé sur une lame flexible et l'ont fixé par les bords. Désormais, même un cristal mou de 40 micromètres d'épaisseur ne se fissure pas pendant la mesure, et l'appareil perçoit sa respiration.
Le test a porté sur trois matériaux. L'argent est la référence, son comportement est connu. Le ferromagnétique dur EuB6 de 50 micromètres d'épaisseur et le AgCrS2 mou de 40 micromètres ont montré des signaux nets. Désormais, les scientifiques pourront étudier des matériaux quantiques qui étaient auparavant trop petits pour être mesurés.
La feuille sur la paume n'est plus une énigme. La règle pour les cristaux invisibles est prête.
Le dilatomètre détecte une variation de longueur cent fois plus petite que le diamètre d'un atome d'hydrogène.