En 2008, une nuit, quelque chose a brusquement flamboyé en rayons X au cœur de la lointaine galaxie J1047+5907. C'est parfois ce qui se passe autour d'un trou noir supermassif : un nuage de gaz surchauffé au-dessus de lui émet soudain un puissant flux de lumière. Le trou noir lui-même n'émet rien, mais son environnement peut s'illuminer comme une enseigne au néon.
21,5 jours après l'éruption, les télescopes ont capté un signal en réponse — une raie étroite dans le spectre, laissée par les atomes de fer. Le fer ne s'est pas illuminé tout seul : c'est l'éruption qui l'a éclairé, et les atomes ont réémis l'énergie à une longueur d'onde très précise. Mais la raie était floue, comme une photo d'un objet en mouvement rapide. Le gaz du disque autour du trou noir tourne à une vitesse vertigineuse — jusqu'à 14 000 kilomètres par seconde. Une partie du disque se dirige vers nous, une autre s'en éloigne, et la lumière des différentes zones est décalée différemment. Grâce à la largeur de l'étalement, les scientifiques ont calculé la vitesse et la distance au trou noir : de 5 à 41 jours-lumière.
C'est la première fois qu'une telle raie de fer apparaît juste après une éruption, et après un délai prévisible. En général, on la voit en permanence — le disque est toujours éclairé. Ici, l'éruption a agi comme un flash dans une pièce sombre : elle a illuminé le disque un instant, et celui-ci a répondu. Cela signifie que le disque réagit bien à un éclairage soudain, et ne brille pas de lui-même. De tels événements sont rares, mais en surveillant les galaxies à noyau actif après de fortes éruptions, on pourrait rassembler toute une collection d'« échos » de disques. Cela permettrait de mesurer la masse et la vitesse de rotation des trous noirs, ainsi que la structure du disque à différentes distances du centre — des choses presque impossibles à observer autrement.
L'éruption s'est éteinte, mais son écho continue de raconter comment fonctionne la machine au centre de la galaxie. La raie de fer n'est pas qu'une trace dans le spectre, c'est l'empreinte d'un disque en mouvement, saisie au moment où il a été illuminé.
La vitesse du gaz dans le disque — 14 000 km/s — est 47 fois plus rapide que la Station spatiale internationale en orbite autour de la Terre.
Dans le film « Interstellar », les héros se rendent au trou noir supermassif Gargantua ; son disque brille à cause des frottements et de la gravité, et ce sont précisément ses distorsions qui aident les héros à comprendre le temps.