Une nuée de lucioles dans la forêt nocturne scintille au hasard : chaque insecte clignote pour son compte, et la lumière se disperse également dans toutes les directions. Maintenant, imaginez que les lucioles se mettent d'accord pour clignoter de sorte que leur lumière collective parte uniquement vers le nord — alors qu'elles restent sur place et qu'aucune ne se tourne. C'est à peu près ce que des physiciens ont réalisé avec des atomes à l'intérieur d'un fin tube de verre.
Les atomes du tube étaient excités par un laser et se mettaient à émettre de la lumière. En temps normal, cette lumière se propage de manière symétrique : la moitié vers l'avant, la moitié vers l'arrière. Mais ici, les atomes se déplaçaient le long du tube, et leurs « horloges » internes étaient réglées de telle sorte que les ondes lumineuses des différents atomes s'additionnaient dans une direction et s'annulaient dans l'autre. Aucun atome n'était particulier, et le tube lui-même était parfaitement droit — tout le secret résidait dans le rythme collectif.
Les physiciens ont mesuré comment le caractère de la lumière changeait lorsqu'on augmentait le pompage. Au début, les émissions ressemblaient à du bruit — comme le bourdonnement d'une foule où chacun parle de son côté. Puis, au-delà d'un seuil, la lumière devenait cohérente — comme un chœur chantant à l'unisson. Un modèle informatique incluant les fluctuations quantiques a reproduit fidèlement l'expérience.
Ces travaux montrent que, pour diriger la lumière, il n'est pas nécessaire de construire des structures asymétriques complexes. Il suffit de « diriger » correctement les atomes — et l'on peut alors assembler, à partir de briques parfaitement symétriques, un matériau qui contrôle la lumière. La même logique pourrait servir à créer de nouveaux dispositifs optiques où la lumière trouverait son chemin toute seule.
La directionnalité de la lumière dans l'expérience a atteint 89 % — cela signifie que sur dix photons, neuf partaient dans une direction, et un seul dans la direction opposée.