Le point lumineux dans la chambre à vide ne s'éteint pas, même si on a cessé de l'éclairer depuis longtemps. Un ion unique d'ytterbium, piégé par des champs électriques, est resté coincé dans un état excité — comme si l'électron à l'intérieur avait oublié comment regagner sa place habituelle. D'habitude, ces états ne durent que quelques millisecondes, mais ici, on compte en secondes.
Des physiciens du National Institute of Standards and Technology (NIST) aux États-Unis ont fait absorber à l'ion d'ytterbium une lumière de longueur d'onde 377,5 nanomètres, le faisant passer dans l'un de ces états de longue durée. Pour chronométrer précisément le moment de la désintégration, ils ont maintenu à proximité un second ion refroidisseur : il absorbait l'excès de chaleur et permettait d'observer le premier sans perturbation. Il s'est avéré qu'un état vit 0,92 seconde, un autre près de 10 secondes, et un troisième, semble-t-il, plus de 30 secondes. Pour comparaison : en 30 secondes, la lumière fait huit fois le tour de la Terre.
De tels états de longue durée sont une aubaine pour les technologies quantiques. On peut les utiliser comme cellules de mémoire : écrire l'information dans l'ion sans craindre qu'elle disparaisse en un instant. Ils serviront aussi dans les horloges optiques — les instruments les plus précis qui mesurent le temps grâce aux oscillations de la lumière. Plus l'état vit longtemps, plus on peut mesurer son énergie avec précision. Peut-être que ces ions deviendront le cœur des futurs ordinateurs quantiques et des systèmes de navigation.
L'ion d'ytterbium dans le piège est visible à l'œil nu : il diffuse la lumière laser comme une minuscule étoile.
Dans la série « The Expanse », des ordinateurs quantiques à ions piégés contrôlent les vaisseaux et les stations.