Les moments magnétiques dans un cristal ressemblent à des aiguilles de boussole fixées aux nœuds du réseau. À l'état normal, ils s'alignent dans un ordre soigné, mais si l'on frappe le cristal avec une onde électromagnétique, les aiguilles se mettent à osciller – comme des épis de blé sous le vent. Ces oscillations sont appelées magnons, et elles transportent de l'énergie sans déplacement des atomes eux-mêmes.
Dans le matériau en couches CrOCl (oxychlorure de chrome), ces oscillations se sont révélées particulièrement variées. Sous un champ externe faible, les aiguilles oscillent d'une certaine manière, mais lorsque le champ augmente, leur alignement se brise : une partie des aiguilles s'incline sur le côté, et de nouveaux types d'oscillations apparaissent. À un certain moment, deux ondes différentes coexistent simultanément dans le cristal – comme deux danses différentes dans une même pièce.
Cette flexibilité est liée à la compétition entre les interactions d'échange (la tendance des aiguilles à s'aligner) et l'anisotropie (la préférence pour certaines directions dans le cristal). En modifiant le champ externe, on peut faire basculer le matériau entre différentes phases magnétiques, et avec elles, les propriétés des magnons. Cela est utile pour la spintronique, où l'information est transportée non pas par des électrons, mais par des ondes d'aimantation.
Les magnons se comportent comme des particules : on peut les considérer comme des quanta d'énergie d'oscillation, et ils obéissent à la statistique de Bose-Einstein.