Dans les nuages de gaz froid où naissent les étoiles géantes, tout est en effervescence. Le gaz se comprime, tourbillonne, se fragmente en amas – les futures étoiles. On a longtemps pensé que le champ magnétique y mettait de l'ordre : comme des fils invisibles, il étirait les amas perpendiculairement à lui-même. Mais de nouvelles observations montrent le contraire.
Les astronomes ont pointé le radiotélescope ALMA vers 30 régions où se forment des étoiles massives. Ils ont mesuré l'allongement de centaines d'amas de gaz et l'ont comparé à la direction du champ magnétique. Résultat : les amas sont plus souvent allongés le long du champ, et non en travers. C'est comme si des copeaux de bois dans une rivière tumultueuse flottaient non pas en travers du courant, mais dans le sens du courant.
Des modèles informatiques ont permis de comprendre la raison. Quand la turbulence – les tourbillons chaotiques du gaz – est initialement forte dans le nuage, les amas s'alignent le long du champ. Quand le champ est plus fort que la turbulence, ils s'étirent perpendiculairement. Les observations correspondent au premier scénario. Ainsi, dans la naissance des étoiles géantes, les tourbillons de gaz priment sur les forces magnétiques.
Autre découverte : les axes de rotation des amas ne coïncident souvent pas avec la direction du champ. Cela pourrait affaiblir le « frein magnétique » qui ralentit habituellement la rotation. Grâce à cela, de grands disques de gaz et de poussière – de futurs systèmes planétaires – peuvent se former autour des jeunes étoiles géantes.
Le télescope ALMA est situé à 5000 mètres d'altitude dans le désert d'Atacama au Chili – l'un des endroits les plus secs de la Terre – afin que la vapeur d'eau ne gêne pas les observations.