Le cristal modifie sa géométrie interne, comme la charpente d'un bâtiment qui se déforme légèrement lors d'un tremblement de terre. Dans l'alliage de manganèse et de gallium (Mn₃Ga), à une température d'environ 485 kelvins (soit environ 212 °C), se produit une transition magnétique : les atomes s'organisent en un ordre antiferromagnétique, où les moments magnétiques voisins pointent dans des directions opposées. Lorsqu'on refroidit ensuite jusqu'à température ambiante, le réseau cristallin se déforme légèrement – il passe d'une structure hexagonale à une structure monoclinique, comme si une boîte rectangulaire était légèrement écrasée sur un coin.
Ce déplacement modifie la position des points de Weyl – des points particuliers de l'espace des impulsions où les électrons se comportent comme des particules sans masse, semblables à la lumière. Dans l'état initial, les points de Weyl forment une configuration de type II, et après la transition, ils adoptent une configuration différente. Parallèlement, l'effet Hall anormal change brusquement : le champ électrique transverse, qui apparaît sans champ magnétique externe, devient nettement plus fort, et un effet Hall topologique apparaît – une contribution supplémentaire liée à la texture non triviale de l'aimantation.
L'intérêt pratique réside dans le fait que la commutation se produit à des températures proches de la température ambiante et est contrôlée par un simple changement de température. Cela ouvre la voie à des dispositifs de spintronique, où l'information est codée non pas par la charge, mais par le spin de l'électron. Le matériau Mn₃Ga est déjà connu pour ses propriétés antiferromagnétiques, et il devient maintenant un candidat pour la création d'interrupteurs et de capteurs de champ magnétique.
La température de 485 kelvins correspond à environ 212 °C, soit un peu plus que la température d'ébullition de l'eau dans une cocotte-minute. Autrement dit, la transition se produit à une chaleur que l'on peut obtenir sur une cuisinière ordinaire.