Deux musiciens jouent en duo. Dans une salle idéale, ils s'entendent parfaitement et entrent progressivement en résonance. Mais essayez de jouer dans une pièce où quelqu'un claque constamment la porte. On pourrait croire que le rythme va être perturbé. Et bien non : parfois, c'est précisément ce claquement aléatoire qui fait que les deux s'accordent instantanément.
C'est à peu près ce qui se passe avec deux particules quantiques — les qubits — lorsque l'environnement autour d'elles fait du bruit. Les scientifiques ont étudié comment se forme l'intrication quantique (un lien particulier où les particules se comportent comme un tout, même si on les sépare). Habituellement, pour accélérer ce processus, on utilise ce qu'on appelle des points exceptionnels — des états où le système devient hypersensible aux moindres perturbations. Mais les auteurs de l'étude ont emprunté une autre voie : ils ont ajouté au système un bruit aléatoire — de petites fluctuations chaotiques des pertes d'énergie — et ont observé ce qui se passe loin de ces points.
La grande surprise : le temps de création de l'intrication n'augmente pas avec le nombre de particules. Si on ajoute un troisième, un quatrième, un dixième qubit, la vitesse ne diminue pas. C'est comme si un orchestre de cent musiciens s'accordait aussi vite qu'un duo. Pour les futurs ordinateurs quantiques, cela signifie la possibilité de monter de grands circuits sans le calibrage pénible de chaque élément.
Le bruit aléatoire dans les systèmes quantiques est parfois appelé « bruit blanc » — par analogie avec la lumière blanche, où toutes les fréquences sont mélangées. Dans notre cas, il agit comme un entraîneur qui ne laisse pas le système se relâcher et le force à atteindre plus rapidement l'état souhaité.
Dans le roman « Le Voleur quantique » de Hannu Rajaniemi, l'intrication est utilisée pour la communication instantanée et le contrôle de la réalité — et là aussi, le bruit n'est pas un ennemi, mais un outil.