Deux fines feuilles sur lesquelles sont dessinées des alvéoles sont superposées puis légèrement pivotées. Un nouveau motif apparaît : un moiré, semblable aux reflets de la soie. C'est à peu près ce que font les électrons dans l'expérience : ils s'organisent en deux couches, et l'une se retrouve pivotée de 30 degrés exactement par rapport à l'autre.
On pensait auparavant que dans ces conditions, les électrons se figeraient dans un simple réseau en nid d'abeille — comme des abeilles dans une ruche. Mais les calculs montrent que c'est précisément ce tremblement qui réorganise toute la structure. Il détruit l'ordre simple et force les particules à chercher une nouvelle position, plus stable — avec une rotation. Ainsi naît un quasi-cristal électronique.
Ce résultat change notre vision de la manière dont une structure ordonnée peut émerger du chaos. À l'avenir, il pourrait guider la création de matériaux aux propriétés inhabituelles — par exemple, des conducteurs qui laissent passer le courant différemment selon la direction.
La rotation de 30 degrés est le seul angle pour lequel deux couches identiques à réseau hexagonal créent un motif qui ne se répète jamais. C'est comme un pavage avec deux sortes de losanges, découvert par le mathématicien Roger Penrose.
Dans le roman « Anatham » de Neal Stephenson, les ordinateurs quantiques fonctionnent avec des cristaux qui changent de propriétés par la simple observation — un peu comme ces couches électroniques, sensibles au moindre tremblement.