Effacer ne serait-ce qu'un bit, c'est libérer de la chaleur. Cette découverte de Rolf Landauer a suggéré que l'information n'est pas matérielle, mais pas non plus illusoire. Imaginez que chaque événement projette une ombre — c'est cela, l'information : l'ensemble de toutes les possibilités non advenues. Lorsque vous choisissez la clé d'une serrure, l'ombre des autres serrures reste suspendue dans l'air de votre choix. En oubliant quelle clé ouvre quoi, vous éteignez cette ombre, et le monde se réchauffe un peu.
Avec les trous noirs, même histoire. En y tombant, un objet perd non seulement sa matière — il perd l'histoire de ses versions non réalisées. On pourrait croire que l'ombre disparaît à jamais. Mais Jacob Bekenstein et Stephen Hawking ont prouvé le contraire. Un trou noir possède une entropie (une mesure du désordre), donc de l'information. Elle revient probablement dans le monde par la courbure de l'espace-temps, qui dicte elle-même quels événements sont destinés à se réaliser. Ainsi, les ombres du passé déterminent les frontières du futur.
Effacer un seul bit réchauffe l'environnement de $10^{-23}$ degré. En un an, tous les centres de données de la Terre produisent ensemble, à cause de cela, exactement la chaleur nécessaire pour faire bouillir un seul œuf de poule.