Deux pendules oscillent à l'unisson, alors qu'aucune corde ne les relie. L'un part vers la gauche, l'autre file vers la droite au même instant. Dans le monde quantique, cette coordination porte le nom de EPR steering, et elle est plus forte que la simple intrication : la mesure du premier pendule fixe aussitôt le mouvement du second.
Au laboratoire, deux morceaux de cristal, chacun d'une masse comparable à celle d'un grain de sel, ont joué le rôle des pendules. On ne les a pas reliés par une corde, mais par un qubit supraconducteur, un minuscule dispositif électronique capable d'occuper deux états à la fois. Deux signaux hyperfréquences ont fait travailler ce qubit comme un métronome commun : il ne pousse pas les morceaux l'un après l'autre, il crée d'emblée des oscillations appariées dans les deux. Les physiciens ont mesuré la force du couplage et ont obtenu une valeur de 0,90, alors que tout ce qui dépasse 1 aurait signalé un lien ordinaire, non quantique. La fiabilité du résultat atteint 99 %.
À Zurich, deux pendules oscillent à l'unisson sans corde, et ce n'est pas un tour de passe-passe, mais une régularité quantique. Si l'on parvient à maîtriser un tel lien, on pourra transmettre un mouvement mécanique d'un morceau à l'autre sans aucun contact.
La masse de chaque oscillateur, 16 microgrammes, est comparable à celle d'un grain de sel, et les corrélations entre eux sont plus fortes que ne l'autorise n'importe quel modèle classique.
L'idée d'intrication quantique d'objets macroscopiques est exploitée dans la nouvelle de Ted Chiang « L'Histoire de ta vie », où la perception non linéaire du temps est liée à la non-localité quantique.