Deux minuscules masses, chacune du poids d'un grain de sable, sont suspendues dans l'obscurité à une température plus froide que l'espace interstellaire. Elles ne se touchent pas, mais entre elles existe un fil invisible : la gravité. L'expérience que les physiciens construisent actuellement doit capturer le moment où ce fil tire sur l'une des masses à cause du mouvement de l'autre.
Le dispositif ressemble à une balance ultra-sensible : deux oscillateurs (éléments en vibration) sont fabriqués sur une puce de silicium, et leurs mouvements sont lus par un faisceau laser qui circule dans un résonateur optique (un piège à miroirs). Le tout est plongé dans un cryostat où la température n'est que de quelques millièmes de degré au-dessus du zéro absolu. Le froid est nécessaire pour éliminer le frémissement thermique, sinon il noierait le faible murmure gravitationnel.
Pourquoi est-ce important ? La gravité est la plus mystérieuse des forces fondamentales. Nous la connaissons comme la courbure de l'espace-temps autour des corps massifs, mais dans le microcosme, où règnent les lois quantiques, elle est à peine étudiée. Ici, à la frontière entre les milligrammes et les micromètres, la physique classique fonctionne encore, mais les effets quantiques sont déjà sur nos talons. En capturant la liaison gravitationnelle à cette échelle, les scientifiques espèrent trouver une voie vers une théorie unifiant la gravité et la mécanique quantique.
L'oscillateur de quelques milligrammes de cette expérience est environ un milliard de fois plus léger que la pomme tombée sur la tête de Newton, et pourtant on tente de mesurer son champ gravitationnel.
Dans le roman « Contact » de Carl Sagan, un signal extraterrestre est capté grâce à des détecteurs ultra-sensibles, un peu comme le système laser de ce dispositif.