Deux danseurs sur scène doivent se mouvoir avec une synchronisation parfaite, mais si l'un d'eux hésite, tout le numéro est gâché. C'est à peu près ainsi que fonctionnent les ordinateurs quantiques à atomes neutres : on intrique deux atomes en les plaçant dans un état de Rydberg (un état immense, comparable à un ballon de baudruche par rapport à un atome ordinaire), puis on attend qu'ils « dansent » leur partition.
Le problème, c'est que cette danse dure généralement des centaines de nanosecondes. Pendant ce temps, l'atome-ballon peut éclater : l'état de Rydberg est instable et se décompose rapidement. Plus la danse est longue, plus les erreurs sont nombreuses. Les auteurs de l'article ont trouvé le moyen de l'accélérer jusqu'à 10 nanosecondes, soit plus vite qu'un éclair. Pour cela, ils ont ajouté des « rampes » sur la scène : des pinces optiques (pièges à laser) et un réseau de lumière bidimensionnel. Ces outils guident doucement les atomes, les empêchant de perdre le rythme à cause des vibrations.
Auparavant, on craignait d'utiliser toute la force de l'interaction entre les atomes de Rydberg, car elle est très sensible aux moindres déplacements. Désormais, en contrôlant le mouvement, on peut activer cette force à pleine puissance, effectuer l'opération puis la couper, sans presque chauffer les atomes (moins de 0,01 quantum de mouvement). Même si les pièges se déplacent de 50 nanomètres, soit des centaines de fois plus fin qu'un cheveu, le schéma reste fonctionnel.
Ainsi naît une nouvelle classe de portes quantiques : rapides, précises et résistantes aux perturbations. La danse devient fulgurante et les erreurs fondent comme la brume du matin.
Les atomes de Rydberg sont si grands que leur taille peut atteindre des millièmes de millimètre, presque celle d'une bactérie. Si un atome ordinaire avait la taille d'une cerise, l'atome de Rydberg serait un stade de football.