Le microscope électronique ressemble à une lampe de poche qui n'éclaire que dans l'obscurité totale. La moindre particule d'air est pour son faisceau ce qu'un nid-de-poule est pour un cycliste. Auparavant, tout ce que l'on voulait examiner devait d'abord être congelé ou séché. Mais la rouille, la fusion du verre et la vie d'un acarien se déroulent dans l'air, pas dans le vide.
Les ingénieurs ont conçu un canal où la pression chute non pas progressivement, mais par paliers tourbillonnaires marqués. Le faisceau plonge dans ce serpentin et en ressort à une pression presque ambiante. Le détecteur qui capte les électrons réfléchis a été remplacé par une plaque plate au lieu d'une pointe fine, évitant ainsi les étincelles. L'échantillon est chauffé par trois lasers à travers un prisme transparent : ils ne chauffent que le point visé, pas toute la chambre.
On peut maintenant placer un être vivant dans le microscope et observer ses mouvements. À une pression de 20 000 Pa, un acarien remuait ses pattes tant que l'humidité était présente ; une fois l'humidité retirée, il s'est figé. Un mélange de verre a été chauffé à 1400 °C, et on a vu comment il s'écoulait. Avant, il fallait choisir : soit le chaud, soit l'humide. Désormais, on peut avoir les deux à la fois.
Un acarien vivant sous un faisceau d'électrons n'est pas de la science-fiction, mais une démonstration courante : à 20 000 Pa, il remuait les pattes jusqu'à ce que l'humidité tombe à 100 Pa. Et la différence de pression entre la chambre d'échantillon et le canon à électrons est de 14 ordres de grandeur, comme du fond de la fosse des Mariannes à l'espace extra-atmosphérique.