Les réflexes auditifs attirent l'attention comme indicateurs possibles de troubles auditifs cachés, par exemple la synaptopathie cochléaire, qui endommage les synapses entre les cellules ciliées et le nerf auditif alors que l'audiogramme classique reste normal. Le réflexe du muscle de l'oreille moyenne (MEMR) est envisagé comme marqueur de cette atteinte, et le réflexe olivocochléaire médian (MOCR) est associé à l'intelligibilité de la parole dans le bruit. Toutefois, les mesures subissent l'influence de l'âge, des seuils audiométriques et de l'activation conjointe des deux réflexes. Ce travail fait figure de cas isolé : dans les archives, ses plus proches voisins étudient la biomécanique de la cochlée, la sensibilité de phase de l'audition, la réorganisation cérébrale dans la maladie d'Alzheimer, le rôle des voyelles dans la formation du champ acoustique de la tête, les changements cérébraux liés à l'âge, la prédiction de l'efficacité de la stimulation nerveuse par EEG, l'apprentissage non supervisé pour les signaux cérébraux et la reconnaissance de sons inconnus. Aucun de ces travaux ne porte directement sur les arcs réflexes de l'oreille moyenne et du faisceau olivocochléaire ; cette étude comble donc une lacune dans la compréhension de la façon dont l'âge et la perte auditive influencent ces réflexes.
Les chercheurs ont recruté trois groupes : 20 jeunes à l'audition normale (21-35 ans), 14 personnes d'âge moyen à l'audition normale (46-62 ans) et 17 personnes d'âge moyen présentant une perte auditive (47-65 ans). L'audition normale était définie par des seuils ne dépassant pas 20 dB HL à toutes les fréquences standard. Pour évaluer l'état de la cochlée, ils ont mesuré l'émission otoacoustique de distorsion (DPOAE), qui reflète la fonction des cellules ciliées externes, ainsi que la réponse suivant l'enveloppe (EFR), considérée comme un marqueur de la synaptopathie. Le réflexe de l'oreille moyenne a été mesuré de deux façons : par la méthode clinique traditionnelle avec un ton de 226 Hz, et par une méthode large bande avec des clics de 94 µs à un niveau de 90 dB peSPL. Le réflexe olivocochléaire a été évalué par la variation de l'émission otoacoustique évoquée par clic (CEOAE) lors de la présentation d'un éliciteur sonore à 60 et 75 dB SPL. Pour détecter la contamination due au réflexe de l'oreille moyenne, les chercheurs ont analysé les 2 premières ms de la réponse au clic, là où la réaction mécanique du muscle doit se manifester.
Réflexe de l'oreille moyenne : les seuils ne différaient pas entre les groupes, mais l'amplitude à 90 dB SPL était significativement plus faible chez les personnes âgées à l'audition normale que chez les jeunes (g = 0.61, p = .038). Après correction pour la DPOAE, cette différence disparaissait, et la correction pour les seuils étendus en hautes fréquences (EHF) la réduisait encore davantage. Cela indique que l'amplitude du réflexe est liée à une atteinte subclinique de la cochlée, et non à l'âge en tant que tel. Réflexe olivocochléaire : dans les basses fréquences, aucun effet de l'âge n'apparaissait, mais une différence existait entre les personnes âgées à l'audition normale et celles présentant une perte auditive (g = 0.80, p = .015), différence qui disparaissait après correction pour la DPOAE. Dans les hautes fréquences, l'effet de l'âge était significatif (g = 0.60, p = .016) et persistait après correction pour la DPOAE et l'EFR, mais s'évanouissait après correction pour les seuils audiométriques en hautes fréquences. Contamination due au réflexe de l'oreille moyenne : à un niveau d'éliciteur de 75 dB SPL, une activation du MEMR pendant la mesure du MOCR était observée chez 66.7 % des jeunes et 50 % des personnes âgées à l'audition normale. La différence de réponse au clic dans les 2 premières ms était significativement plus grande à 75 dB (M = 0.051, SD = 0.0871) qu'à 60 dB (M = 0.003, SD = 0.0110 ; t(15) = -2.37, p = .031, d = -0.59). Ce marqueur était fortement corrélé à l'amplitude du MEMR mesurée séparément à 75 dB (r = .92, p < .001).
Ce travail montre que l'amplitude du réflexe de l'oreille moyenne est sensible à une atteinte subclinique de la cochlée, invisible sur un audiogramme classique mais détectable dans les hautes fréquences étendues et par la DPOAE. Cela conforte l'idée d'utiliser le MEMR comme marqueur d'une perte auditive cachée, même si le lien avec la synaptopathie via l'EFR n'a pas été confirmé. Le réflexe olivocochléaire s'est révélé résistant aux modifications subcliniques de la cochlée, mais sensible aux seuils audiométriques, ce qui compte pour interpréter son rôle dans la perception de la parole dans le bruit. Principal apport méthodologique : une méthode simple est proposée pour détecter la contamination du MOCR par le MEMR à partir des 2 premières ms de la réponse, ce qui renforce la fiabilité des recherches futures. Contrairement aux travaux voisins, centrés sur des maillons isolés du système auditif (biomécanique de la cochlée, sensibilité de phase, signaux cérébraux), cette étude relie les réflexes périphériques aux changements liés à l'âge et à la pathologie, en s'appuyant sur une correction à plusieurs niveaux des marqueurs sensorineuraux.
Le sujet pourrait évoluer vers des éliciteurs plus spécifiques en fréquence pour le réflexe de l'oreille moyenne, afin de le relier à l'atteinte de zones précises de la cochlée. Pour le réflexe olivocochléaire, il serait prometteur d'étudier la dépendance de la réponse au niveau de l'éliciteur chez les personnes présentant une perte auditive descendante en hautes fréquences. Il faut aussi élaborer des critères objectifs permettant d'exclure la contamination par le MEMR lors de la mesure du MOCR, éventuellement grâce à une analyse automatique des premières millisecondes de la réponse.
Les résultats auront des retombées sur l'audiologie clinique, où le réflexe de l'oreille moyenne sert au diagnostic, et sur la recherche sur la perte auditive cachée, où la pureté des mesures du réflexe olivocochléaire est essentielle.
Réaliser des mesures avec des éliciteurs MEMR spécifiques en fréquence et les comparer à l'EFR à la même fréquence. Étudier la croissance de la fonction MOCR à différents niveaux d'éliciteur chez les personnes présentant une perte auditive, afin de déterminer les paramètres optimaux sans contamination par le MEMR.
Ce travail est directement lié au problème de la perte auditive cachée (synaptopathie cochléaire), que l'audiométrie standard ne détecte pas. L'absence de corrélation entre le MEMR et l'EFR pose la question de savoir dans quelle mesure ces marqueurs reflètent un même processus physiopathologique. Reste également non résolu le problème de la séparation des contributions des voies afférentes et efférentes dans les réponses réflexes, un point crucial pour le diagnostic des atteintes rétrocochléaires.
Le réflexe de l'oreille moyenne ne se déclenche pas seulement en réponse à des sons forts extérieurs : il réagit aussi à notre propre vocalisation. Quand une personne parle ou chante, le muscle se contracte pour protéger la cochlée d'une stimulation excessive.
Non publié sur arXiv. Voici sa page, le PDF et la formalisation : vous pouvez vérifier vous-même, pas seulement lire notre analyse.