À l'été 2023, une chaleur inhabituelle a frappé le monde entier, et les thermomètres ont battu des records. Les scientifiques savaient que les gaz à effet de serre réchauffent l'atmosphère et qu'un courant chaud, El Niño, avait commencé dans le Pacifique. Mais même ensemble, ces causes n'expliquaient pas une hausse de température aussi marquée. Il s'est avéré que la Terre elle-même réfléchissait moins de lumière solaire, comme si elle avait retiré ses lunettes de soleil. Ces lunettes, ce sont les nuages bas, qui couvrent habituellement la planète et renvoient une partie de la chaleur vers l'espace. En 2023, ils étaient moins nombreux, et la lumière du soleil a commencé à chauffer davantage la surface.
Les satellites ont montré que les nuages bas ont diminué de 4 % par rapport à leur niveau habituel. C'est au-dessus de l'océan Atlantique et dans les hautes latitudes qu'ils ont le plus disparu. Résultat : la Terre a absorbé une énergie supplémentaire, équivalant à peu près à la lumière d'une lampe et demie dirigée sur chaque mètre carré de sa surface. Cette énergie a ajouté environ 0,23 °C à la température de 2023, et presque toute cette contribution venait des nuages. Pour comparaison, El Niño n'a ajouté que 0,07 °C. Autrement dit, les nuages ont joué le rôle principal dans cette chaleur anormale.
Maintenant, les scientifiques essaient de comprendre pourquoi les nuages se sont raréfiés. Cela pourrait être une variation naturelle du climat, qui s'estompera avec le temps. Ou alors, ce sont les nouvelles règles sur le carburant des navires qui sont en cause, car elles réduisent les particules dans l'air, particules qui aident les nuages à se former. Mais il y a aussi une hypothèse inquiétante : quand la planète se réchauffe, les nuages bas fondent, ce qui accentue encore le réchauffement, créant un cercle vicieux. Si c'est le cas, la chaleur ne fera qu'augmenter, et l'humanité doit réduire d'urgence ses émissions de gaz à effet de serre. La question est de savoir si les lunettes de soleil de la Terre reviendront ou si elles sont fissurées pour toujours.
En 2023, la Terre a absorbé la lumière du soleil comme si un film réfléchissant de la taille de tout l'océan Arctique avait disparu de sa surface. L'anomalie du rayonnement absorbé de +1,82 W/m² équivaut à la chaleur supplémentaire d'environ 300 millions de bouilloires électriques en fonctionnement continu.
L'histoire de nuages qui cessent de réfléchir la lumière et d'une planète qui se réchauffe rapidement fait écho au roman de Kim Stanley Robinson, « Le Ministère du futur », où la catastrophe climatique commence par un choc thermique inattendu. Mais dans la réalité, le coupable n'est pas une technologie imaginaire, mais de simples nuages bas.