L'eau chaude gèle parfois plus vite que l'eau froide — ce paradoxe, appelé effet Mpemba, se manifeste aussi dans le monde quantique, où règnent les lois découvertes par John von Neumann. Mais au lieu de l'eau, ce sont de minuscules aimants (les spins) dont l'état ordonné se dissout dans le chaos.
La cause réside dans la préparation de l'environnement. Comme le sucre dans le thé : saupoudré en fine couche, il fond instantanément, tandis qu'un morceau met du temps à se dissoudre. Il en va de même pour les particules quantiques : si l'environnement est « dispersé » sur une multitude d'états, le système principal perd plus rapidement sa superposition — cette capacité à être dans plusieurs états à la fois. Les scientifiques l'ont confirmé sur une chaîne de 15 spins reliés par intrication quantique, en suivant par mesures quantiques la disparition du déséquilibre. Résultat : plus l'environnement est étalé, plus l'entropie — cette mesure du désordre introduite par Ludwig Boltzmann — augmente rapidement.
Cette découverte n'est pas qu'une simple curiosité. Elle montre comment contrôler la décohérence quantique — le processus qui détruit les états fragiles et perturbe le fonctionnement des ordinateurs quantiques imaginés par Richard Feynman. Désormais, les ingénieurs pourront accélérer ou ralentir la perte de propriétés, préservant ainsi l'information quantique. Et la conclusion la plus inattendue : parfois, pour que le système « refroidisse » plus vite, il faut le « réchauffer ».
L'effet Mpemba classique a été remarqué dès Aristote, et en 1963, il a été redécouvert par un écolier tanzanien, Erasto Mpemba, alors qu'il préparait de la glace.
Le contrôle de la vitesse d'équilibre thermique fait écho à l'idée de « ralentissement de l'entropie » dans le roman de Greg Egan, « La Cité des permutants ».