Dans les accélérateurs de particules, où l'on fracasse la matière en ses constituants élémentaires, les détecteurs exigent une précision filigrane. Les ingénieurs ont conçu un dispositif semblable à une peau de tambour uniformément tendue : chaque impact de particule provoque un signal immédiat et net. Cela permet de fixer le temps avec une précision de 38 picosecondes, et les coordonnées à 15 micromètres près.
Les premières versions souffraient d'une sensibilité inégale : certaines zones « sonnaient » fort, d'autres à peine audible. La cause résidait dans la couche isolante qui, telle un gant épais, étouffait et déformait le signal. La solution inattendue s'est avérée simple : le contact est devenu direct (couplage DC), sans intercalaire isolant. On a ainsi retiré le « gant », et la membrane a résonné avec la même pureté sur toute sa surface.
Ces détecteurs deviendront les yeux des installations de la prochaine génération. Les scientifiques s'en serviront pour mettre à l'épreuve le modèle standard, traquant les moindres écarts. Une netteté accrue aidera à discerner des événements rares et, peut-être, à découvrir de nouvelles forces gouvernant l'Univers.
La picoseconde est un billionième de seconde. En 38 picosecondes, la lumière parcourt environ 1,14 centimètre — un peu plus que la largeur de votre petit doigt.
Peut-être qu'un jour, un réseau de tels détecteurs constituera la base d'un « chronoviseur », enregistrant les événements avec une résolution picoseconde.