Cent vingt musiciens jouant à l'unisson, où la moindre fausse note détruit l'harmonie, telle est la métaphore de cet ensemble quantique record. Des physiciens ont pour la première fois intriqué 120 qubits supraconducteurs — les éléments d'un futur ordinateur qui ne fonctionnent qu'à des températures proches du zéro absolu et ressemblent à de minuscules antennes visibles à l'œil nu. Cet état, baptisé « chat de Schrödinger » en l'honneur de Erwin Schrödinger, a réuni 120 objets en un tout, où chacun, comme le légendaire chat, se trouve dans deux états à la fois.
La fragilité de la liaison quantique est comparable à un délicat motif musical exposé au vent — le moindre souffle, c'est-à-dire le désordre thermique, introduit le chaos. Pour préserver l'harmonie, les scientifiques ont utilisé une astuce : ils ont temporairement relâché les liaisons, attrapé les erreurs, puis resserré les particules à l'unisson. Même avec une précision de 56 %, c'est une percée pour 120 éléments.
Ces expériences ne sont pas qu'une course aux chiffres. Elles aideront à créer des algorithmes puissants et peut-être à expliquer le lien entre la courbure de l'espace-temps et les trous noirs. Les recherches, auxquelles a participé Anton Zeilinger, rapprochent l'ère des machines quantiques fiables.
L'expérience s'est déroulée dans l'obscurité totale à une température de quelques centièmes de degré au-dessus du zéro absolu — un photon errant aurait perturbé le fragile équilibre quantique.
La communication instantanée via des particules intriquées est un thème récurrent de la science-fiction. Dans les romans d'Ursula Le Guin, le dispositif « ansible » permettait de communiquer à des distances interstellaires, bien que la physique réelle interdise la transmission d'informations plus rapide que la lumière.