Un plancher chauffant dans une pièce vibre toujours un tout petit peu — les molécules qui le composent sont en mouvement. Il en va de même pour les miroirs des détecteurs d'ondes gravitationnelles : la chaleur fait trembler leur surface à une échelle minuscule, ce qui gêne la détection des signaux faibles venus de l'espace.
Pour apaiser ce tremblement, on dépose sur le miroir de fines couches de différents matériaux, comme un mille-feuille. Les chercheurs ont trouvé comment choisir la composition de ces couches à l'aide d'un ordinateur, afin de réduire le tremblement tout en conservant presque toute la lumière. Ils ont fabriqué deux types de revêtements. Le premier, à base de nitrure de silicium, a réduit le tremblement d'un facteur 0,82 par rapport aux anciens revêtements, et le calcul correspond à la réalité. Le second, à base d'un mélange de germanium et de titane, n'absorbait presque pas la lumière (moins d'un millionième), mais tremblait plus que ne le prédisait la théorie.
L'écart entre le calcul et l'expérience pour le second revêtement a poussé les chercheurs à vérifier si des erreurs aléatoires dans l'épaisseur des couches n'étaient pas en cause. Il s'est avéré que non. Le problème vient donc du processus de fabrication lui-même, qu'il faudra étudier plus avant. Mais l'approche en elle-même — choisir les couches par ordinateur, puis les tester en conditions réelles — fonctionne. De tels miroirs aideront les détecteurs d'ondes gravitationnelles à capter des événements encore plus discrets dans l'Univers.
Le tremblement d'un miroir dû à la chaleur est si infime qu'on le compare au mouvement de l'extrémité de l'aiguille des heures sur un milliard d'années — mais pour les détecteurs d'ondes gravitationnelles, c'est encore trop.