Dans un métal épais, les électrons ressemblent à un orchestre désaccordé : chaque instrument joue pour soi, et l'ensemble n'est que bruit. Mais étalez le métal en une pellicule de quelques atomes, et voilà que les électrons se mettent soudain à « jouer » ensemble, conduisant le courant sans fausse note. C'est John Bardeen qui a expliqué que dans les supraconducteurs, les électrons forment des paires — des duos qui se déplacent sans entrave. Aujourd'hui, armés d'un modèle standard actualisé et de la spectroscopie, les scientifiques ont calculé que ce « concert » n'est possible que pour une épaisseur de 0,4 à 0,6 nm. Un peu plus épais, et le désordre revient : les duos se défont, et c'est la cacophonie. Pour refroidir un tel « orchestre », il faudra de l'hélium liquide, jusqu'à des températures extrêmement basses.
Fait intéressant : si l'on dépose une couche de métal ordinaire sur une telle pellicule, la température critique augmente — comme si la musique devenait plus forte dans une bonne salle de concert. C'est l'effet de proximité.
Les premières prédictions de supraconductivité dans les films minces remontent aux années 1960, mais il a fallu attendre les méthodes de calcul modernes pour estimer précisément les épaisseurs nécessaires.