Une jeune étoile, qui n'a pas encore allumé sa fournaise thermonucléaire, est entourée d'un disque en rotation de gaz et de poussière. Pour gagner de la masse, elle doit se débarrasser de l'excès de rotation, sinon la matière ne tombera pas sur l'étoile mais continuera à tourner sur son orbite. En général, cet excès est emporté par deux jets de gaz étroits qui jaillissent des pôles de l'étoile dans des directions opposées, comme deux fontaines.
Mais pour la protoétoile HOPS 10, dans la constellation d'Orion, le télescope ALMA n'a vu qu'une seule fontaine. Le jet à grande vitesse, avec des vitesses allant de +44 à +66 km/s, n'est dirigé que d'un seul côté, alors que la seconde moitié est absente. En revanche, l'écoulement lent de gaz (de -20 à +30 km/s) est observé des deux côtés, comme prévu. Le disque est presque vu par la tranche, et il y a peu de poussière sur le trajet, donc le deuxième jet ne peut pas être simplement caché derrière un nuage. Les traces d'onde de choc dans les molécules de SiO confirment que le jet est réel, et non un nuage de gaz fortuit.
Les astronomes supposent que les lignes de champ magnétique du disque sont chargées de matière de manière inégale : d'un côté, elles reçoivent plus de gaz, et c'est celui-ci qui est éjecté sous forme de jet. C'est comme si, dans un fusil à deux canons, un seul canon tirait, parce que la charge n'était que là. Une telle asymétrie peut en dire long sur la façon dont les jeunes étoiles accumulent de la masse et perdent de la rotation.
La vitesse du jet de HOPS 10 atteint 66 km/s, ce qui est plus rapide qu'une balle de fusil, mais des centaines de fois plus lent que la lumière.