Deux vieux engins, lancés en 1977, traversent l'espace interstellaire, cette région où l'influence du Soleil s'estompe. Le Soleil ne se contente pas de briller : il émet en permanence un flux de particules chargées qui forme autour de notre système une bulle géante, l'héliosphère. Au-delà de cette frontière, à environ 150 unités astronomiques (une unité étant la distance Terre-Soleil), Voyager 1 a ressenti une étrange secousse. En 2020, les instruments ont enregistré une forte augmentation du champ magnétique, suivie d'une longue « bosse » et d'un renforcement du champ pendant des mois.
Les scientifiques ont construit un modèle informatique qui reproduit le comportement du vent solaire et sa collision avec le milieu interstellaire. Il s'avère que la secousse est une onde de compression née du Soleil lui-même. Notre étoile vit des cycles de 11 ans : tantôt calme, tantôt agitée de taches et d'éruptions. Quand l'activité augmente, le vent solaire devient plus dense et plus rapide, et cette onde, comme un battement de tambour lent, se propage jusqu'à la limite de l'héliosphère. En la heurtant, elle comprime le gaz interstellaire et le champ magnétique – c'est exactement ce que Voyager 1 a ressenti.
L'analyse de la turbulence – les petites oscillations chaotiques du champ – a montré qu'elle s'atténue avec la distance. Jusqu'à 165 unités astronomiques, on observe encore des pulsations de moins de 10 jours, mais les sursauts très courts (moins d'une heure) ont presque disparu après 2022. Cela ne signifie pas que le milieu a changé : simplement, l'onde s'est affaiblie, comme les rides sur l'eau après qu'on y a jeté une pierre. Voyager 2, qui vole dans une autre direction, devrait rencontrer plusieurs de ces ondes d'ici 2026, puis un puissant choc du prochain cycle solaire vers 2030. La sonde New Horizons, qui les rattrape, franchira la frontière de l'onde de choc du Soleil en 2031 à environ 80 unités astronomiques.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2602.10446
Voyager spacecraft (V1 and V2) provide unique in situ measurements of perturbations propagating beyond the heliopause through the very local interstellar medium (VLISM), including the shocks and pressure fronts whose origin is debated. In particular, a jump in magnetic field strength, observed by V1 in 2020.4 at 149.3 au from the Sun, was followed by a distinct "hump" and persistently strong magnetic field, both requiring theoretical explanation. This paper offers an interpretation of those observations using a self-consistent, MHD model of the solar wind - LISM interaction driven by the OMNI and interplanetary scintillation data combined with a turbulence analysis of Voyager data. Our simulations convincingly demonstrate that global, solar-cycle-driven compressions, on hitting the heliopause, can reproduce those puzzling V1 observations. They appear to be associated with solar cycle 24, whereas similar interstellar magnetic field structures can occur once per cycle. The turbulence analysis reveals time-dependent magnetic compressibility that persists up to 165 au at scales below 10 days. Turbulence intermittency at scales below 1 hour is mostly confined to specific intervals, possibly associated with a broad foreshock region. The apparent disappearance of intermittency since 2022 reflects the turbulence weakening rather than a fundamental change in VLISM properties. We predict that V1 will record relatively strong magnetic field strengths until $$\sim$$2030, followed by weaker, infrequent perturbations. At V2, we expect multiple solar-driven compressions before 2026, followed by a major event induced by solar cycle 25 around 2030. New Horizons is expected to cross the termination shock at 80$$\pm$$2 au in 2031.
Voyager 1 se trouve actuellement à plus de 24 milliards de kilomètres de la Terre – le signal radio met près d'une journée à nous parvenir.
Dans le film Star Trek, le vaisseau Voyager devient conscient et revient vers la Terre – les vraies sondes, elles, se contentent de nous envoyer des signaux depuis les ténèbres.